Birdie

Recension du livre : Tracey Lindberg (traduction : Catherine Ego), Birdie, Montréal, Les Éditions du Boréal, 2018, 343 p.

par Jacinthe Dostie

Histoires de blessures, histoires de transformation, ce premier roman de Tracey Lindberg trace le chemin de Bernice Meetos, alias Birdie, une grande et grosse femme crie native de l’Alberta. Le temps du récit varie entre un présent immobile où Birdie s’est arrêtée, dans un lit au-dessus d’une boulangerie à Vancouver, et son parcours de la frontière de la réserve vers la ville et l’errance. Plusieurs semaines durant, elle oscille entre le rêve, le souvenir et la réalité, en quête d’une transformation lui permettant de reprendre une route digne.

Le passé de Bernice Meetos est peuplé d’embuches, malgré l’amour inconditionnel de trois femmes : sa mère, sa tante et sa cousine. Une acceptation tacite de la violence imprègne son enfance jusqu’à sa vie adulte. Et Birdie intègre, malgré la peur, cette acceptation. La violence est la part des loups : des hommes, des oncles, des inconnus qui déversent coups et spermes. Jusqu’à ce point de bascule où la violence devient celle des femmes. Là, tout s’arrête.

Couchée dans son lit, Bernice est veillée par sa tante, sa cousine ainsi que par la propriétaire de la boulangerie qui la reconnaît presque comme sa fille. Au cours de ce retour vers son passé, son histoire se dit, se sent et se ressent. Birdie entame sa transformation, durement, en retournant dans son passé, en affrontant ce qu’elle a voulu fuir.

Récit et fable, langues crie et anglaise, humanité et nature, individu et sororité, Birdie s’intègre à ces dualités. Elle est cette fille, cette cousine, cette nièce, cette amie. Elle est aussi cet arbre, Pimatisewin, que l’on maltraite et dont il faut prendre soin. Les cicatrices resteront, vestiges des leçons qui ont permis au changement de s’opérer. Birdie a cette force, elle a cette flamme de la vie pour entamer une guérison dont toutes n’étaient peut-être pas capables jusqu’à maintenant. Ce roman de Tracey Lindberg nous permet cet espoir que la transformation est en marche.

« Kakinow anniki okawipanak, nimisinanak, niseeminanak, kaki mantotacik, apo aniki westawow mekwac eka ka piswenemicik, kiwicikapowistatinan, kakinow annis omma kiwakotonanow.

« À toutes les mères et petites mères, sœurs et cousines assassinées, disparues, toutes celles qui se sentent effacées, invisibles. Nous sommes une. Nous sommes avec vous. Nous sommes une seule et même famille » (p. 9).

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