Comme un présage de réconciliation

Photo : Jocelyn Girard

Cette année, Mission chez nous fera appel à quelques collaborateurs et collaboratrices pour la rédaction d’articles originaux que nous publierons pour votre plus grand plaisir sur notre blogue. Merci à eux pour cet apport considérable.

par Jocelyn Girard, agent de pastorale et théologien

Marié depuis 33 ans et père de cinq garçons adoptés, Jocelyn Girard a œuvré à l’Arche de Jean Vanier en France et à Montréal et agit maintenant comme professeur de théologie et agent de pastorale. Il tient son propre blogue et collabore à plusieurs médias depuis quelques années.

Les Missionnaires oblats de Marie-Immaculée recevaient les Premières Nations au sanctuaire Notre-Dame-du-Cap les 30 et 31 mai derniers. Cette rencontre était espérée depuis 1991, année où la Congrégation formulait ses excuses officielles à propos du rôle que ses membres ont joué « dans l’impérialisme culturel, ethnique et religieux qui a marqué la mentalité avec laquelle les peuples européens ont abordé les peuples autochtones » et en particulier pour leur participation au drame des « pensionnats indiens ». Le provincial de l’époque souhaitait « rencontrer les peuples autochtones et ensemble poser les assises d’une alliance de solidarité renouvelée ».

En réalité, pour la communauté qui a dirigé quatre pensionnats au Québec, ce n’est qu’après les audiences de la Commission de vérité et réconciliation, tenues en 2013 à Montréal, qu’il fut possible d’envisager cette première rencontre entre les religieux et les Premières Nations du Québec.

C’est ainsi que 250 personnes, surtout des aînés, des « grands-mères » et leurs proches, provenant de onze communautés, ont répondu à l’invitation du père Bernard Ménard et de son équipe qui avaient bien raison de se réjouir à la vue de la foule rassemblée, après plus de trois ans de travail pour l’aboutissement de ce projet.

Les « immigrants » invités aussi

La rencontre autochtone s’adressait principalement aux Premières Nations, mais également aux « immigrants de 400 ans ou de 30 ans »! C’était sans doute une façon de remettre un peu les pendules à l’heure, car la vaste majorité des Québécois et Québécoises vit, sans le savoir, sur des territoires « non cédés » par les Nations qui en détenaient les droits avant leur spoliation par des Blancs.

Nous étions moins d’un tiers d’« immigrantes et immigrants » présents à l’événement. C’était assez curieux de nous retrouver dans un lieu familier entourés d’une majorité aussi visible. Si l’animation était particulièrement orientée vers ces personnes qui s’étaient déplacées d’aussi loin que de Natashquan et du Labrador, jamais nous n’avons senti que nous étions étrangers ou non désirés.

Des siècles de paroles à rattraper

Au-delà des discours et des témoignages adressés à l’ensemble des participants et participantes, des « ateliers » prévoyaient des thèmes de discussion, comme la justice, l’écologie, la spiritualité et l’histoire. Mais ils ont surtout permis d’écouter longuement les gens des Premières Nations, tout particulièrement les aînés, les chefs et les grands-mères qui demandaient la parole pour raconter leurs histoires. Même le chef Jean-Charles Pietacho, militant de longue date pour l’environnement et opposant à toute exploitation de l’île d’Anticosti, n’a pu s’empêcher de prendre une grande partie de son temps de parole dans l’atelier Écologie pour exprimer son expérience d’enfant « enlevé » de sa communauté pour être déporté dans un pensionnat. Nous avions bien compris que ces récits s’adressaient en particulier à nous, « immigrants », au point où le temps de parole ne fut pas suffisant pour que nous puissions parler à notre tour.

Photo : France Fortin

Avec les rituels proposés autour de l’eau et du feu, de même que certaines adaptations pour « colorer » la messe du soir de quelques éléments inspirés de la culture autochtone, on sentait l’effort des responsables pour honorer leurs invités. À mon avis, tout ceci est encore bien loin d’une « décolonisation » de notre liturgie et de nos pratiques pour parvenir à réaliser la véritable inculturation de l’Évangile.

Je suis toutefois sorti de cette expérience avec un respect encore plus grand pour les peuples autochtones, leur tradition, leur rapport à la nature, leur spiritualité. Je crois surtout qu’il ne suffit pas de les écouter, même si c’est un premier pas que les Québécois et Québécoises devraient faire, par exemple en s’invitant à l’un ou l’autre des rassemblements autochtones estivaux, ce que je ferai moi-même à l’occasion de la commémoration du pensionnat autochtone de Mashteuiatsh, à la mi-juillet.

Dans le processus de réconciliation, nous avons un devoir de réécrire ensemble l’histoire des 500 dernières années au nord de notre continent. Nous devons prioritairement reconnaître que l’engagement marqué des nations autochtones pour protéger l’environnement ne sert pas qu’à revendiquer leur propre survie, mais la nôtre également. Nous sommes véritablement conviés à une nouvelle alliance. Le mot ne sera jamais trop répété. Cette rencontre n’est qu’un début.

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