Hommage aux pères oblats

Mgr Dorilas Moreau

Nous reproduisons ici un article écrit par monseigneur Dorilas Moreau, évêque du diocèse de Rouyn-Noranda, paru dans la revue L’Église de Rouyn-Noranda (vol. 18 no 2, octobre 2017). Il y rend hommage au travail dévoué de plusieurs oblats missionnaires auprès des missions autochtones de son diocèse.

À l’occasion du départ des trois derniers Missionnaires oblats de Marie Immaculée, les pères Rémi Cadieux et René Gauthier ainsi que le frère Rolland Beaupré, le diocèse veut leur rendre hommage et leur dire sa reconnaissance. Nous voulons aussi évoquer la présence et le travail de tant d’autres missionnaires oblats, membres de la Province oblate de Notre-Dame-du-Cap, qui ont œuvré dans notre coin de pays depuis ses débuts. Les uns comme les autres ont été de vaillants bâtisseurs, de courageux missionnaires, remarquables d’ardeur et de ténacité comme de bons serviteurs de l’Église.

Évidemment, nos sentiments sont partagés en ce moment entre tristesse et reconnaissance bien méritée. Tristesse d’abord de les voir partir de la grande région de l’Abitibi-Témiscamingue qu’au fil des âges ils ont contribué à bâtir. Notre reconnaissance est acquise à ces infatigables missionnaires qui n’ont pas ménagé leur temps et leurs énergies pour que l’annonce de l’évangile prenne corps dans le tissu social et pastoral de notre Église, et cela bien avant que notre jeune Église voit le jour en 1974, sous les bons soins de Mgr Jean-Guy Hamelin, évêque fondateur du diocèse de Rouyn-Noranda.

Alors que les pères Cadieux et Gauthier, accompagnés du frère Beaupré, terminent leur parcours pour prendre leur retraite du ministère actif, nos remerciements et notre reconnaissance leur sont spécialement destinés. Leur labeur dans le travail pastoral est reconnu, surtout que ces deux prêtres ont œuvré depuis de nombreuses années auprès des communautés des Premières Nations amérindiennes, aussi bien aux missions catholiques d’Anichinabé de Notre-Dame-du-Nord qu’à la mission Sainte-Anne de Winneway où le père Cadieux, à lui seul, a servi pendant plus de trente ans. Au cours de toutes ces années, ces missionnaires ont fait preuve d’un courage apostolique remarquable, d’une fidélité à toute épreuve et d’une grande ténacité aussi bien dans les services ecclésiaux qu’ils ont accomplis que dans les œuvres sociales et ecclésiales, paroissiales et régionales qu’ils ont fondées, accompagnées et servies.

Au cours de la dernière décennie, notre Église a rendu hommage aux Oblats au moment où ils ont quitté la paroisse de l’Immaculée-Conception de Rouyn-Noranda en 2003 et quand ils ont également quitté la paroisse Notre- Dame-du-Rosaire de Ville-Marie un peu plus tard, paroisses où tant d’Oblats s’étaient succédé au fil des ans. Si notre devoir de mémoire ne peut oublier les derniers missionnaires à œuvrer dans notre diocèse, il est nécessaire d’élargir notre reconnaissance pour la part fort importante que la Congrégation a prise dans notre région depuis la lointaine époque de la colonisation de l’Abitibi-Témiscamingue jusqu’à aujourd’hui.

En effet, à travers les âges, de nombreux missionnaires oblats de Marie-Immaculée ont marqué le milieu d’une manière indélébile à travers de nombreuses initiatives dont certaines œuvres sont encore bien vivantes. Certains ont été de vrais bâtisseurs et des fondateurs qui n’ont pas hésité à s’insérer dans le tissu social de la région et en puisant dans le dynamisme de l’Église. Divers noms resteront toujours gravés dans nos mémoires : qu’il s’agisse des pères Laverlochère, Richard, Martineau, Roux, Lagacé, Bergeron, Cantin, Morin, Patry, Levac, sans oublier les frères Moffet et Hamel, pour ne rappeler que quelques noms parmi bien d’autres qui ont laissé leur marque dans le milieu de l’Abitibi-Témiscamingue.

Des municipalités, des emplacements et des rues portent leurs noms. Jusqu’à il y a une quinzaine d’années, rappelons spécialement que les paroisses Notre-Dame-du-Rosaire de Ville-Marie et Immaculée-Conception de Rouyn-Noranda ont été tenues et guidées par les pères et frères oblats. En outre, diverses institutions et centres de formation portent leurs empreintes. Qu’il suffise de nommer ici le Centre Barnard-Hamel de Rouyn-Noranda, le Centre de solidarité internationale Corcovado, le Collège de Rouyn devenu par la suite le Cégep de l’Abitibi-Témiscamingue, le Centre Frère-Moffet, centre de formation générale et professionnelle de Ville-Marie, le Musée de Guérin, le Centre d’archives de l’UQAT qui a pris en 1979 le nom Les Archives nationales du Québec en Abitibi-Témiscamingue. Toutes ces œuvres continuent de produire des fruits dans les communautés où elles ont été implantées et elles ont maintenant un rayonnement régional.

Rappelons enfin que les missionnaires oblats ont aussi fondé la mission Saint-Claude en 1863. Cette mission avait été établie juste en face du fort Témiscamingue situé alors dans le Bas-Canada, plus tard l’Ontario et le Québec. En 1887, ce site de la mission Saint-Claude fut abandonné pour déménager à la tête du lac, à Notre-Dame-du-Nord où la mission algonquine est toujours implantée.

À travers toutes ces œuvres et les souvenirs bien vivants de tant d’Oblats, les valeurs évangéliques, enseignées et vécues, continueront d’inspirer notre génération et celles à venir. La Congrégation a su contribuer à bâtir un milieu social, ecclésial et éducatif dont nous sommes fiers.

Nous n’oublions surtout pas non plus la principale mission de la Congrégation des Missionnaires oblats de Marie-Immaculée auprès des plus appauvris de notre coin de pays. Ce charisme a été un souci constant de ces missionnaires. Saint Eugène de Mazenod avait justement fondé la Congrégation en lui donnant comme devise : « Évangéliser les pauvres ». Dans cette foulée, les missionnaires oblats se sont fait un devoir d’être présents à nombre d’initiatives pour l’élimination de la pauvreté en nos milieux. Faut-il ajouter que la Congrégation n’a pas hésité, en de nombreuses occasions, à puiser dans son patrimoine personnel et communautaire pour aider, soutenir et subvenir aux besoins les plus criants.

À l’heure où notre diocèse participe au nouvel élan d’une Église « en sortie missionnaire » instauré par le pape François dans son exhortation apostolique La joie de l’évangile de 2013, je souhaite que le témoignage des missionnaires oblats demeure inspirant de manière à marquer notre devenir.

La communauté diocésaine de Rouyn-Noranda et du Témiscamingue remercie chaleureusement la Congrégation oblate de la Province Notre-Dame-du-Cap pour son implication soutenue au cours des âges, pour la fidélité et l’engagement de nombreux missionnaires qui n’ont pas ménagé leur temps, leur ardeur et leur dévouement pour que naisse et rayonne ce coin de pays où il fait bon vivre. Notre diocèse se souvient et se souviendra !

Accéder au numéro d’octobre 2017 de la revue L’Église de Rouyn-Noranda.