Le peuple rieur : hommage à mes amis innus

Recension du livre : Serge Bouchard et Marie-Christine Lévesque, Le peuple rieur. Hommage à mes amis innus, Montréal, Lux Éditeur, 2017, 317 p. (Coll. « Mémoire des Amériques »).

par Pascal Huot

« Au fil des chapitres, vous allez accompagner le jeune anthropologue que j’étais au début des années 1970, quand je suis arrivé à Ekuanitshit (Mingan). Vous le devinez, ces petites histoires de mes premiers séjours là-bas sont prétextes à en raconter de plus grandes. » (p. 18) Le ton est ainsi donné. Un essai écrit au « je » devient prétexte à parcourir le Nitassinan (notre terre) de la préhistoire jusqu’à aujourd’hui, en suivant le parcours de la nation innue, ces nomades du grand territoire boréal.

Bien que l’ouvrage soit l’heureuse initiative de la communauté d’Essipit, celui-ci dresse néanmoins un panorama d’ensemble de l’histoire des Innus. Les chapitres débutent avec des souvenirs de terrain. Kauishtut (le barbu) y raconte des anecdotes personnelles ou des moments marquants de son apprentissage, d’aventures en mésaventures auprès des Innus qu’ils affectionnent. Ces prémisses deviennent des jalons pour discourir sur leur histoire. Au fil de la lecture, il révèle le réseau des anciens sentiers, s’arrête un temps à la grande tabagie de 1603, pour ensuite constater les mensonges et promesses avortés au fil des relations entre premiers occupants et nouveaux arrivants, croisant au passage Champlain ainsi que le témoignage du père Le Jeune. De la trappe à la coupe forestière, l’anthropologue aborde également l’innu-aimun, une langue riche et vivante, la cosmologie du Grand Lièvre et le rôle des femmes aux quotidiens. L’aberrante mise en réserve et l’incurie des pensionnats pour « tuer l’Indien dans l’enfant » (p. 266) y sont également commentées, en plus de consacrer un chapitre à la petite, mais florissante communauté de la rivière aux coquillages, Essipit.

Le conteur septuagénaire qui a rencontré, côtoyé ses sœurs et frères innus et lié des amitiés sincères avec des archives vivantes, maintenant assis à la table des aînés, reprend le bâton de parole dans un acte d’amour, accompagné de nouveau de sa conjointe et coauteure Marie-Christine Lévesque pour offrir en lecture rien de moins qu’un ouvrage de vulgarisation incontournable sur l’histoire des Innus. Réellement destiné à tous et toutes, loin du traité académique, car l’anthropologue souhaite au contraire une diffusion large public, l’ensemble constitue un essai «d’intérêt national, je dirais même d’urgence nationale » (p. 19-20) pour la suite du monde.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *