Les Églises ont participé à l’oppression des Premières Nations au Canada

Cette année, Mission chez nous fera appel à quelques collaborateurs et collaboratrices pour la rédaction d’articles originaux que nous publierons pour votre plus grand plaisir sur notre blogue. Merci à eux pour cet apport considérable.

par Claude Lacaille, bibliste

Claude Lacaille est missionnaire de la Société des Missions étrangères et bibliste. Son expérience auprès des populations marginalisées d’Haïti, de l’Équateur et du Chili a toujours été marquée par une passion pour la justice sociale et une relecture de la pratique sociale à la lumière de la Bible. Au Québec, il a travaillé au mouvement des étudiantes et étudiants chrétiens, pour ensuite s’impliquer au Comité de Solidarité/Trois-Rivières et dans un centre d’hébergement et de longue durée.

Au moment de célébrer le 150e anniversaire du Canada, il est impératif de rappeler l’origine de la devise du pays, A mari usque ad mare, traduite par « D’un océan à l’autre », formule anodine comme s’il s’agissait d’une simple description géographique. En 1867, le soleil ne se couchait pas sur l’Empire britannique de la reine Victoria et cette devise exprimait l’arrogance de l’entreprise coloniale. C’est le pasteur George Monro Grant qui proposa cette citation tirée du Psaume 72 de la Bible au verset 8. L’ode proclame le pouvoir absolu de Salomon, consacré par Dieu pour dominer le monde : « Qu’il soit le maître d’une mer à l’autre et de l’Euphrate jusqu’au bout du monde! Les habitants du désert plieront le genou devant lui, ses ennemis mordront la poussière. […] Tous les rois s’inclineront devant lui, toutes les nations lui seront soumises. »

Au Canada, le mouvement Idle no more! (Assez enduré!) mène la lutte des autochtones qui veulent être enfin reconnus comme nations et traiter avec la société canadienne, non pas comme des mineurs devant la loi, mais dans le respect, en partenaires égaux. Au 20e siècle, nos Églises canadiennes ont collaboré avec le gouvernement fédéral, par le biais des pensionnats autochtones, à une entreprise d’assimilation forcée qui a causé des torts irréparables à ces communautés en détruisant leur identité et leur culture. À cela s’ajoute le scandale de mauvais traitements et d’agressions sexuelles sur des mineurs, ce qui a anéanti la vie d’une génération d’autochtones qui prennent aujourd’hui la parole pour dénoncer leurs agresseurs et réclamer justice.

Pourquoi des chrétiennes et des chrétiens ont-ils adhéré à cette vision perverse de l’Évangile?

Les Églises, en effet, ont participé activement à l’oppression des Premières Nations. La juge en chef du Canada, l’honorable Berverly McLachlin, dénonçait en 2015 un véritable génocide culturel, un péché social très grave qui contredit le message de Jésus de Nazareth. Toute interprétation de la Bible n’est pas toujours « Parole de Dieu »; on s’en sert trop souvent pour des projets politiques ou économiques pas très avouables.

Ainsi, les récits bibliques de la conquête de Canaan par Josué ont servi de justification à l’invasion barbare et cruelle de l’Amérique par les Européens et a contribué au génocide physique et culturel des Premières Nations. La Bible est une collection d’ouvrages qui, à travers plusieurs siècles, sont les témoins des rêves et des vicissitudes d’un peuple dans son Histoire. Ces écrits sont tributaires de mentalités patriarcales, misogynes et racistes et ils ont besoin d’être réinterprétés aujourd’hui, débarrassés de ces œillères. Dans ces récits épiques de l’occupation de la Palestine par Israël, les nations indigènes devaient être passées par l’épée ou soumises à l’esclavage! « Dieu les livrera en votre pouvoir et vous les traiterez exactement comme je vous l’ai ordonné. Soyez courageux et forts, ne tremblez pas de peur devant eux, car le Seigneur votre Dieu marchera avec vous, sans jamais vous abandonner. » (Deutéronome 31, 1-8)  Une lecture prise au pied de la lettre a induit les Églises canadiennes à participer à cette entreprise raciste de l’État canadien : l’élimination de l’Autre, du Différent, du Barbare. « Le Seigneur détruira ces nations! »  Au lieu de dénoncer cette injustice, les Églises, avec leur Bible, donnèrent ainsi une justification à l’invasion d’un territoire étranger de la part d’une puissance impériale et, conséquemment, aux massacres de sa population.

Dans un article du Devoir du 19 avril intitulé « Autochtones : un regard à décoloniser », les signataires déclaraient : « Nous portons aujourd’hui la responsabilité historique d’amorcer une nouvelle relation avec les nations autochtones… Nous avons tout à gagner à reconnaître pleinement la dimension autochtone de ce territoire où nous avons été accueillis avec bienveillance et où se joue notre avenir commun. »

Qu’il en soit ainsi! ♦

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