Les grandes nations amérindiennes

Un peu d’histoire

Depuis 40 000 ans…

À l’arrivée des premiers Blancs, l’Amérique du Nord septentrionale, aujourd’hui appelée le Canada, était loin d’être une vaste région déserte. De l’est à l’ouest, des peuples, que les premiers Européens baptisèrent à tort les Indiens, habitaient les lieux depuis des siècles. D’après les connaissances archéologiques actuelles, la présence humaine en Amérique remonterait à environ 40 000 ans. En fait, pendant la dernière ère glaciaire, le niveau de la mer descendit suffisamment bas pour permettre le passage à pied sec entre l’Asie et l’Amérique du Nord à l’endroit que l’on nomme actuellement le détroit de Béring. Cette voie fut empruntée par des tribus sibériennes, qui peuplèrent le continent américain.

Une longue adaptation à divers milieux a façonné les modes de vie multiples des premiers habitants du Canada. Bien que leur population ait été peu nombreuse – de 500 000 à 2 millions de personnes –, ils exploitaient un territoire très étendu. La majorité des Premières Nations du pays vivaient de la chasse et de la cueillette. Ce mode de vie entraînait l’utilisation intensive des ressources et la recherche continuelle de nouveaux territoires à exploiter. Les Inuits, quant à eux, arrivèrent les derniers. Venus de l’ouest vers l’an 1000 de notre ère, ils atteignirent la côte de l’Atlantique au cours du 15e siècle seulement.

Des sociétés sédentaires se développèrent dans deux régions : la côte du Pacifique, la plus peuplée grâce aux riches ressources de l’océan et des forêts humides, et le sud de l’Ontario, dont le climat et le sol fertile favorisaient l’agriculture. Sur la côte du Nord-Ouest, où l’économie était stable, des hiérarchies gouvernées par des chefs se sont constituées; dans ces sociétés, la classe sociale des dirigeants, des nobles et des gens du commun dépendait de leur fortune et était héréditaire. Pour leur part, les peuples qui vivaient de l’agriculture et de la chasse occupaient la région des Grands Lacs, la vallée du Saint-Laurent et la Nouvelle-Angleterre. Les plus connus d’entre eux sont les Hurons, les Iroquois et les Abénakis, dont les confédérations jouèrent un rôle important lors des premiers contacts avec les Européens. Tous les autres peuples qui occupaient le Canada étaient nomades et vivaient de la chasse et de la cueillette. Dispersés, ils possédaient une organisation sociale rudimentaire, mais connaissaient à fond le pays et ses ressources. Comme les Autochtones de la côte du Nord-Ouest, ceux du golfe du Saint-Laurent, de la côte de l’Atlantique et de l’Arctique étaient aussi bons pêcheurs que chasseurs.

Malgré la simplicité de leur mode de vie, ces peuples jouissaient de relations sociales satisfaisantes nourries par une spiritualité complexe. Pour eux, l’univers était un lieu habité par des êtres qui dépendaient les uns des autres. L’humanité faisait partie d’un tout dont le fonctionnement ordonné et harmonieux résultait de l’équilibre de différentes forces. Contribuer à maintenir cet équilibre par des rites et des cérémonies était une responsabilité qu’ils ressentaient profondément.

Premiers contacts avec les Européens

Les premiers contacts connus entre les Européens et les Autochtones eurent lieu dans l’Arctique, lorsque les Scandinaves débarquèrent à la terre de Baffin et le long de la côte de l’Atlantique. Deux des peuples les plus probablement touchés, les Dorset, qui étaient installés dans l’Arctique avant les Inuits, et les Béothuk, qui habitaient Terre-Neuve, ont disparu depuis. On ne sait presque rien de ces premiers liens.

Les rencontres se poursuivirent de façon irrégulière jusqu’au 16e siècle, où les Européens commencèrent à exploiter les pêcheries de l’Atlantique Nord, qui comprenait aussi la chasse aux mammifères marins. À cette époque, la technologie baleinière des Inuits était la plus perfectionnée au monde. Alliée aux vaisseaux de haute mer européens, elle transforma la pêche à la baleine en une industrie d’envergure mondiale, où les harponneurs autochtones se distinguèrent. Par la suite, la pêche à la morue, qui se faisait en haute mer, entraîna des relations beaucoup moins fréquentes avec les Autochtones.

La traite des fourrures exigeait des relations beaucoup plus étroites. On estime que lorsque la colonisation européenne commença véritablement, au début du 17e siècle, 1 000 navires venaient déjà chaque année faire la pêche et la traite des fourrures dans le golfe du Saint-Laurent et le long de la côte de l’Atlantique. Bien qu’elle ait procuré des avantages, la pêche fut une source de mésentente. Les Béothuks, par exemple, n’eurent jamais de relations de travail avec les Européens; une tolérance inquiète fit place à une hostilité qui se transforma en lutte ouverte. Le dernier Béothuk connu mourut en 1829.

Le peuple des Iroquois du Saint-Laurent a lui aussi disparu, bien que dans ce cas les Européens n’aient pas été directement responsables. Au cours de son deuxième voyage au Canada, en 1535-1536, Jacques Cartier découvrit des villages de pêcheurs et d’agriculteurs disséminés le long de la rive nord du Saint-Laurent, du Golfe à Hochelaga (Montréal). À l’arrivée de Samuel de Champlain, en 1608, ces villages n’existaient plus. Il est possible que leur disparition soit attribuable à des événements déjà en cours avant l’arrivée des Européens; selon les études archéologiques, d’importants mouvements de population s’étaient déjà produits au cours des siècles.

Sources : www.mta.ca/faculty/arts/canadian_studies/francais/realites/autochtones/

Les Premières Nations aujourd’hui

La Loi sur les Indiens

« En 1867, au moment de la création de la Confédération canadienne, les Autochtones et les terres qui leur étaient attribuées tombèrent sous la responsabilité du gouvernement fédéral. Les Amérindiens ne furent pas consultés, et ne le furent pas plus lorsque la Loi sur les Indiens, adoptée en 1876, consolida et modifia la législation coloniale en vigueur jusque-là. Cette loi n’en régit pas moins tous les aspects de la vie sur les réserves jusqu’en 1951, soit pendant 75 ans.

Dans l’Ouest, on dut tenir compte de l’apparition des Métis. Ce peuple aux ascendants indiens et européens se définissait depuis le début du 19e siècle comme une « nation nouvelle » possédant les mêmes droits que les Autochtones, alors que le gouvernement fédéral les considérait comme Blancs et ne leur reconnaissait pas ces droits. La question des terres entraîna à deux reprises des affrontements entre Métis et autorités fédérales. Des Autochtones se joignirent alors à eux. La répression de ce soulèvement laissa les Métis dans une sorte de vide juridique qui ne se résolut qu’en partie en 1982, date où la Constitution leur accorda le statut d’Autochtone sans cependant définir le terme «Métis».

Ces remous furent suivis d’une période de répression. Ottawa tenta de supprimer les coutumes amérindiennes. Dans l’Ouest, un système de laissez-passer interdisait aux Autochtones de quitter leurs réserves. L’éducation devint un élément important de l’effort d’assimilation. Dans ce but, les pensionnats et les écoles industrielles semblèrent particulièrement efficaces, car elles enlevaient les enfants à leurs familles et à leurs communautés. En même temps, on saisit chaque occasion de réduire le territoire des réserves, parfois par des procédés fort douteux. Ce n’est qu’après la Seconde Guerre mondiale que la montée de l’anticolonialisme sensibilisa l’opinion publique à la culture et au patrimoine des peuples autochtones, ce qui prépara la voie au mouvement «Red Power», fortement soutenu par la renaissance de la spiritualité autochtone traditionnelle. »

De nos jours

« De nos jours, une nouvelle tendance vers le partenariat se dessine: les Amérindiens et les Inuits comptent sur l’aide des autres Canadiens dans leur recherche d’autonomie et d’une existence à la fois viable et plus fidèle à leurs traditions. Les modifications apportées à la Loi sur les Indiens en 1951 marquèrent les débuts hésitants d’une plus grande autonomie. Pour la première fois, les Autochtones sont consultés. On accordait de plus grands pouvoirs financiers aux bandes. Elles acquirent leur autonomie financière 7 ans plus tard. En 1960, les Amérindiens purent voter aux élections fédérales sans perdre leur statut. Le Québec fut la dernière province à leur accorder le droit de vote, en 1968.

L’éducation est un domaine de première importance; en 1970, l’école Blue Quills, en Alberta, fut la première à passer sous la responsabilité autochtone, et en 1988, on ferma le dernier internat fédéral. Les Amérindiens exercent dans ce domaine un contrôle de plus en plus grand : depuis 1990, certaines bandes administrent leur propre système d’enseignement dans les réserves. Elles gèrent aussi la plus grande partie de leurs programmes de santé et de bien-être social, et certains groupes autochtones se font de plus en plus entendre au sujet des problèmes écologiques touchant leurs territoires.

Dans son Livre blanc de 1969, le gouvernement fédéral proposa l’abrogation de la Loi sur les Indiens, qui aurait mis fin à la distinction entre Indiens inscrits et Indiens non inscrits, ainsi qu’à celle qui est établie entre les Autochtones et les autres Canadiens. Cette proposition souleva de telles protestations de la part des Indiens qu’elle fut abandonnée en 1971. Actuellement, le statut juridique des Autochtones est défini par la Loi sur les Indiens, la Constitution et les traités.

La modification de la Loi sur les Indiens connue sous le nom de Projet de loi C-31, et votée en 1985, fut une victoire pour les Amérindiennes mariées à des non-Indiens; elles purent désormais garder leur statut d’Autochtone et le transmettre à leurs enfants. Ceci ne garantit cependant pas leur accueil dans les réserves où les bandes ont l’autorité.

De nos jours, les revendications territoriales et les accords assurant l’autonomie gouvernementale sont réglés de plus en plus rapidement. La Loi sur le règlement des revendications des Autochtones de la Baie James (le terme «traité» n’est plus utilisé) donna le ton, et la Loi sur les Cris et les Naskapis du Québec, votée en 1984, fut le premier pas du Canada vers l’autonomie gouvernementale des Autochtones. Le 1er avril 1999, le vaste territoire de Nunavut, situé dans l’est de l’Arctique et comprenant un cinquième de la superficie du Canada, devint autonome.

Ces négociations ne se poursuivent pas sans difficulté, comme le démontrent l’«été indien» d’Oka. Ce qui est désormais évident, c’est que les Autochtones sont appelés à jouer un rôle beaucoup plus actif dans la conduite des affaires du pays. L’autonomie et le renouveau culturel dans un monde moderne marqué par la transformation rapide de la technologie, de l’environnement et de la culture sont pour eux des défis à relever. C’est sans doute en alliant les bienfaits du monde moderne à leurs traditions les plus précieuses que les peuples autochtones seront en mesure de réaliser leur avenir. »

Sources : www.mta.ca/faculty/arts/canadian_studies/francais/realites/autochtones/

Quelques statistiques

Selon l’OMS, les peuples autochtones représentent environ 370 millions de personnes dans le monde, ce qui signifie 5 % de la population mondiale. Le Canada en abrite 1 172 790 (recensement de 2006), soit 3,8 % de la population du pays. Seulement 200 000 d’entre eux vivent dans le Grand Nord; villes et réserves du Sud abritent les autres.

Des trois groupes autochtones au Canada, les membres des Premières Nations sont les plus nombreux (698 025); suivent ensuite les Métis (389 780) et les Inuits (50 480). Environ 54 % de la population autochtone vit dans les grands centres métropolitains; les autres résident dans de plus petites communautés à l’intérieur de leurs territoires traditionnels.

Environ le quart de la population autochtone du Canada se dit catholique et on trouve des autochtones dans chacun des diocèses du pays. Les autochtones ne constituent la majorité que dans deux diocèses : Churchill-Baie-d’Hudson et Moosonnie.

La Journée nationale des Autochtones : le 21 juin

Maintenant, chaque année, le 21 juin, jour du solstice d’été, est soulignée la Journée nationale des Autochones. Cette occasion offre à tous la chance de reconnaître et de célébrer la diversité culturelle et l’importante contribution des Inuits, des Métis et des membres des Premières Nations à la société canadienne.

L’histoire de cette journée s’écrit depuis les années 1980. En 1982, la Fraternité des Indiens du Canada (aujourd’hui appelée Assemblée des Premières Nations) lançait une campagne pour que le 21 juin soit reconnu jour de solidarité à l’égard des Autochtones. En 1990, l’Assemblée législative du Québec reconnaissait le 21 juin comme une journée de célébration de la culture autochtone. En 1995, une assemblée sacrée a également été organisée à Hull, au Québec. Il s’agissait d’une conférence nationale au cours de laquelle des participants autochtones et non autochtones ont proposé une journée nationale pour souligner la contribution des peuples autochtones à la société canadienne. Enfin, le 13 juin 1996, Roméo Leblanc, le gouverneur générale de l’époque, proclamait officiellement le 21 juin Journée nationales des autochtones. Depuis, chaque année, dans tout le pays, des centaines d’activités ont lieu pour célébrer cette journée importante.

Enfin, pour savoir ce qui se fait au Québec ou ailleurs à cette occasion, avoir des idées d’activités ou trouver différentes ressources intéressantes pour célébrer cette journée ou animer d’autres rencontres ultérieures, visitez le site officiel de la Journée nationale des Autochtones.