Place aux littératures autochtones

Recension du livre : Simon Harel, Place aux littératures autochtones, Montréal, Mémoire d’encrier, 2017, 136 p. (Coll. « Cadastres »)

par Pascal Huot

« [A]lors qu’il y a une dizaine d’années la littérature des Premières Nations n’existait qu’en marge des Lettres québécoises, la voilà non seulement présente sur tous les fronts, mais aussi multiple dans ses visages. » (p. 8) L’auteur de ces lignes se livre, dans son plus récent ouvrage, à ce jeu de décloisonnement où il faut repositionner les littératures autochtones dans la contemporanéité, soutenu par cette nouvelle génération d’auteurs qui prennent le bâton de parole et sortent du discours passéiste et rétrograde de l’« Indien imaginaire » (p. 53). Professeur de littérature comparée à l’Université de Montréal, Simon Harel donne suite à ses recherches en dressant dans cet essai un corpus vivant des littératures des Premières Nations dans le contexte québécois. Les auteurs amérindiens de langue française sont tournés vers l’avenir et n’évoluent pas en vase clos, mais cherchent néanmoins à se distinguer de la littérature québécoise.

Publié dans la collection Cadastres, ce livre explore certains thèmes fondateurs du discours sur le territoire et ses enjeux, dont la mobilité culturelle dans une américanité commune de nos origines et le néo-terroir québécois. Reprenant les thèses développées par certains intellectuels, dont la « honte de soi » de Denys Delâge et la « haine de soi » de Mathieu Bock-Côté, l’essayiste nuance et clarifie les limites, les enjeux et les traumatismes sous-jacents de ces deux cas. Contraint de faire des choix, Simon Harel met de l’avant le travail que d’un petit nombre d’auteurs, dont Joséphine Bacon, Naomi Fontaine et Natasha Kanapé Fontaine. Certes, ces choix se basent sur une subjectivité plus ou moins grande, car il va sans dire que le corpus des littératures des Premières Nations est de beaucoup plus vaste. Il faut rappeler ici que l’objet de l’ouvrage n’est pas de dresser un panorama de l’ensemble des littératures autochtones au Québec, mais bien un parcours critique de ces littératures. La poésie devient alors un outil d’émancipation et d’autonomisation comme le rappelle « l’ancêtre contemporaine » Joséphine Bacon : « Nous sommes un peuple de tradition orale. Aujourd’hui, nous connaissons l’écriture. » (p. 89)

Prenant parfois la plume pamphlétaire, ce petit livre cherche, comme l’exprime la poétesse Nathasha Kanapé Fontaine, à « transcender les relations entre les Premières Nations et les Québécois et les changer » (p. 13). Il est cependant regrettable de noter l’absence d’une bibliographie plus élaborée qui aurait permis de poursuivre la réflexion. Le lecteur pourra néanmoins se rabatte sur les ouvrages cités en notes de bas de page réunies en fin de volume. Cet opuscule offre avec rigueur un regard nouveau pour amorcer un dialogue et un échange interculturel. Et comme le souligne si justement Rémi Savard : « Nous ne pouvons construire l’avenir du Québec sur la base de l’ignorance de son histoire. » (p. 48)

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