Uiesh / Quelque part

Recension du livre : Joséphine Bacon, Uiesh / Quelque part, Montréal, Mémoire d’encrier, 2018, 125 p.

par Pascal Huot

« Uiesh / Nutshimit », « Quelque part / Dans le Nutshimit » (p. 120-121) la voix d’une aînée nous parvient par ce nouveau recueil de la grande poétesse innue Joséphine Bacon, originaire de Pessamit (Betsiamites) et résidente de la métropole. De Montréal « privée d’horizon » (p. 30) à l’intérieur des terres nomades de la Côte-Nord, elle nous livre ces poèmes de transmission, de mémoire, de rêves. « Ma vieillesse s’installe / J’ai des mots à transmettre / Des récits d’aînées » (p. 14).

La septuagénaire, qui a vu plusieurs volées d’outardes, offre maintenant son expérience, son histoire et l’histoire des siens. « J’ai tant de plis sur mon visage / Chacune de mes rides / A vécu ma vie / Aujourd’hui je suis la femme digne / Qui raconte » (p. 84). Héritière de la parole des aînés, elle devient à son tour le lien de pérennisation pour ne pas perdre cette richesse du nomadisme d’autrefois. « Dans la peau du tambour / Pour que continue le rêve » (p. 56), elle raconte son peuple, son existence, pour que l’on entende sa voix qui chante une incantation en français et en innu-aimun. « Mes grands-pères ont parcouru la terre / Mes grands-mères ont donné naissance à nos mères / Je suis de cette tradition de paroles / Ma terre est bafouée / Par un serpent venimeux / Où coule mon histoire » (p. 64).

Il faut souligner que l’excellent recueil de Joséphine Bacon a reçu, il y a quelques jours, le prix des Libraires du Québec 2019, dans la catégorie poésie, qui comprenait aussi, à titre de finalistes, Marie-Hélène Voyer, Alain Larose et Michaël Trahan. Une œuvre d’une grande sensibilité, où la parole des aînées demeure actuelle, et cette richesse est ici poème : « Que ta parole soit / Ton poème » (p. 118).

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