Un retour à soi par le biais de la sagesse autochtone

Photo : @Alisonomi

Cette année, Mission chez nous fera appel à quelques collaborateurs et collaboratrices pour la rédaction d’articles originaux que nous publierons pour votre plus grand plaisir sur notre blogue. Merci à eux pour cet apport considérable.

par Jocelyn Girard, agent de pastorale et théologien

Marié depuis 33 ans et père de cinq garçons adoptés, Jocelyn Girard a œuvré à l’Arche de Jean Vanier en France et à Montréal et agit maintenant comme professeur de théologie et agent de pastorale. Il tient son propre blogue et collabore à plusieurs médias depuis quelques années.

 

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Au printemps 2017, deux de mes collègues ont assisté à Montréal à un atelier Retour à l’esprit (Return to spirit). À leur retour, leur témoignage et leur état d’esprit rayonnaient tant que j’ai envié la chance qu’elles avaient eue. Celle-ci allait m’être donnée lorsqu’une deuxième session de cet atelier fut annoncée pour octobre 2018. Je m’empressai donc de m’y inscrire avec un autre collègue.

Cet atelier, destiné aux non-autochtones, s’est déroulé du 23 au 26 octobre à Ushuat (Sept-Îles). C’est principalement grâce à l’engagement personnel de l’évêque, Mgr Jean-Pierre Blais, que l’activité a pu être organisée. Mon collègue et moi avons donc rejoint une cohorte majoritairement presbytérale, et donc fortement masculine. Parmi eux, on comptait six prêtres d’origine étrangère, ce qui conférait une dimension interculturelle fort intéressante à l’activité.

D’où vient cette démarche ?

Les ateliers Retour à l’esprit sont nés il y a près de 20 ans d’une quête de réconciliation entre l’Église et les autochtones à la suite de la prise de conscience des effets dévastateurs des « pensionnats indiens ». Une conversation entre une religieuse, le chef de la nation Kátł’odeeche et l’évêque de Yellowknife a débouché sur une rencontre avec Marc Pizandawatc, un Algonquin qui offrait des ateliers de guérison aux autochtones des Territoires du Nord-Ouest. C’est à cette période que fut posé le projet de créer un programme qui contribuerait à la réconciliation désirée.

Il en est résulté un programme en trois volets : l’atelier Retour à l’esprit, version pour autochtones et version pour non-autochtones; l’atelier Réconciliation, proposé aux personnes qui ont vécu Retour à l’esprit avec une participation mixte visant à créer les conditions d’une vraie rencontre; enfin une démarche en plusieurs étapes qui vise une réconciliation plus large avec « la vie ».

Une approche expérientielle

Retour à l’esprit n’a rien d’une session de croissance personnelle habituelle ni d’une retraite spirituelle. L’atelier est conçu pour induire un travail sur soi en vue de favoriser son « habilitation1 », c’est-à-dire « se conscientiser, renforcer son potentiel et se transformer2 ». Il nous conduit à assumer la responsabilité de nos propres biais et préconceptions face aux événements. Il contribue ainsi à favoriser la réconciliation avec soi-même et avec les autres, qu’ils soient autochtones ou non.

Il s’agit de quatre jours bien chargés. Nous déployons beaucoup d’énergie pour scruter des situations passées de notre vie qui, en principe, sont « finies ». Des démarches concrètes nous remettent en mémoire ces événements qui ont pu nous atteindre et engendrer des interprétations personnelles. Nous en venons à saisir que, dans les faits, ces situations demeurent actives dans notre esprit parce que « non complétées », entraînant la création de « couches » d’interprétation qui ont provoqué en nous des postures souvent malsaines pour notre propre développement (ou notre « création de soi »). Nous sommes ainsi placés devant la possibilité de poser un nouveau regard sur ces événements et sur nous-mêmes ou, mieux, sur « l’esprit de qui nous sommes ».

Retour à l’esprit a été mentionné lors des audiences de la Commission de Vérité et de Réconciliation comme un moyen valable pour mettre en œuvre des processus de guérison et de rapprochements. Il faut se réjouir du fait que cette approche commence à être offerte en français, au Québec, alors que nous avons tant de difficulté à nous rencontrer entre humains, autochtones et allochtones, surtout lorsque nous vivons près d’une communauté (réserve) et que nous côtoyons quotidiennement les descendants des premiers habitants du territoire.

S’il y avait un hic, ce serait par rapport à mon attente que des autochtones allaient participer à l’animation de l’atelier, question pour moi de me situer dans une position d’apprenant qui n’est pas habituelle de la part d’un Blanc et, minimalement, pour honorer l’origine de cette sagesse partagée avec générosité par le fondateur algonquin. Ceci dit, l’équipe qui tenait les rênes de la session était formidable et parfaitement compétente pour nous conduire sur ce chemin de réconciliation.

Si l’atelier Retour à l’esprit est annoncé prochainement dans votre coin de pays, inscrivez-vous sans hésiter. Vous ne pourrez qu’en retirer plus de créativité pour votre vie. Quant à moi, j’attends la suite avec hâte.

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1. Terme utilisé dans l’atelier pour traduire Empowerment.
2. Office de la langue française, 2003.

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