Un retour aux sources… et une affaire d’amour

Nous reproduisons ici un article paru dans la revue L’Église de Rouyn-Noranda, vol. 17, no 5, janvier 2017, p. 6-7.

par Maurice Descôteaux

Nous avons profité du passage récent à Rouyn-Noranda de l’abbé Pierre Émile Brodeur pour réaliser une entrevue avec lui. Voici un prêtre au parcours peu ordinaire qui a choisi d’aller vivre chez les Algonquins de Lac-Simon et de Kitcisakik et même d’y demeurer à jamais. Qui est-il? En voici un bref portrait.

Vous ne connaissez pas Pien (prononcez: Pienn)? Pien, c’est l’abbe Pierre Émile Brodeur, un prêtre pourtant à la retraite depuis 2014, mais qui a décidé d’aller vivre dans les communautés algonquines de Lac-Simon, dans le diocèse d’Amos, et de Kitcisakik, dans le diocèse de Rouyn-Noranda. Et Pien, c’est son prénom, c’est-à-dire Pierre, en langue algonquine.

Pourquoi décide-t-il d’aller vivre avec les Algonquins? Parce qu’il s’est rendu compte que lui-même est d’ascendance algonquine. Cette ascendance est maintenant tout à fait sûre, depuis l’été dernier, autant du côté de sa mère que de son père. Une recherche généalogique entreprise par l’un de ses frères le prouve sans l’ombre d’un doute.

Un parcours difficile

Mais repartons du début. Il naît à Valcourt, en 1948. Outre ses parents, il vivra avec ses cinq frères et ses quatre sœurs. Sa prime enfance est marquée par des déplacements nombreux, au Québec et en Ontario. Finalement, ses parents finissent par prendre racine à St-Constant, en Montérégie.

Passons vite sur le temps de ses études mais pour retenir qu’il a étéprofesseur dans sa jeunesse. Il a la bougeotte, ce qui le conduira dans trois continents, notamment au Cameroun et au Japon. Plus tard, apprenant ses racines algonquines, il comprendra d’où lui vient ce nomadisme qui l’a marqué toute sa vie.

Néanmoins, il saisira assez vite qu’il n’a pas l’étoffe d’un professeur. Ce n’est pas une profession dans laquelle il se sent particulièrement à l’aise. Il devient agent de bord chez Air Canada, travail qu’il a beaucoup aimé, reconnaît-il, et c’est entre ciel et terre que l’appel à devenir prêtre se fait plus incisif.

Pourtant, il aurait bien pu ne jamais devenir prêtre. À l’époque de sa jeunesse, toute famille souhaitait bien qu’un prêtre surgisse en son sein. C’est ce qu’on attendait de lui dès sa prime enfance, au point de le pousser dans cette direction contre son gré. À force de subir de telles pressions, c’est le contraire qui aurait pu se produire. Et, de fait, à force d’insister, on ne réussissait qu’à l’éloigner encore davantage du sacerdoce.

Paradoxalement, c’est l’un de ses frères, pourtant non pratiquant et peut-être même non croyant, qui lui fait découvrir que là est sa véritable vocation. C’est alors qu’il entre en lui-même et, plutôt que de souffrir une pression extérieure, il fait sienne la réflexion qui le conduit à faire sa théologie et à recevoir le sacerdoce. Incardiné au diocèse de St-Jean-Longueuil, il est ordonné prêtre le 8 janvier 1988, à l’âge de 40 ans.

Une histoire d’amour

Dans sa vie de prêtre, il n’aura jamais été curé de paroisse, sauf pendant une petite année, au Japon, alors qu’il a été en mission six ans là-bas avec les Prêtres des missions étrangères. Il ne se voit pas dans le rôle de curé de paroisse. Il se perçoit plutôt prêtre avec les gens, là où ils sont et dans ce qu’ils vivent. Pour lui, ce qui le définit le mieux dans sa personnalité et dans son ministère tient dans ces trois mots: accueil, écoute, accompagnement. «Tout ce que vous pouvez dire ou faire, faites-le au nom du Seigneur Jésus, en rendant grâce par lui à Dieu le Père», lit-on dans la Lettre aux Colossiens (3, 17). Cette exhortation le fixe dans l’amour de Dieu pour lui, et dans son amour à lui pour Dieu. Ces yeux brillent lorsqu’il explique: «Tout faire au nom du Seigneur Jésus commande un grand respect de la personne de chacun et de sa liberté.»

C’est dans cet esprit qu’il se joint aux communautés algonquines de Lac-Simon (où il vit actuellement) et de Kitcisakik (où il ira vivre sous peu). Il n’y est pas en service commandé, explique-t-il, même s’il a rencontré les évêques d’Amos et de Rouyn-Noranda de qui relèvent ces deux communautés. C’est en toute liberté qu’il prend cet engagement.

Il fait un grand bond en arrière, en quelque sorte, pour retrouver et vivre ses racines. C’est une histoire d’amour qu’il commence à vivre. Il est parmi les siens, de fait. Il explique, une flamme dans les yeux: «Je ne vais pas dans ces deux communautés, comme à l’essai ou pour y vivre une expérience personnelle et temporaire, mais pour y faire don de ma propre vie.»

Et déjà, reconnaît-il, les gens l’accueillent et le reconnaissent comme l’un des leurs. On lui fait confiance. Il apprend la langue. Il sera tout à fait l’un d’eux sous peu. Et il l’est déjà d’ailleurs, au moins par ses ancêtres. Mais il l’est sans doute davantage par l’amour qui le lie à eux désormais. Au point qu’il a déjà songé à ses arrangements funéraires pour être enseveli à la manière algonquine et inhumé dans un cimetière algonquin. À 69 ans, c’est une histoire d’amour qui commence…

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