Y a-t-il des Métis au Québec?

D’emblée, crevons l’abcès! Au Québec, le gouvernement provincial ne reconnaît pas de nation métisse sur son territoire. Si, dans l’ouest du pays, l’existence des Métis est reconnue, il en va tout autrement dans l’est. Pourtant, de nombreux regroupements ont retrouvé une racine de leur histoire et luttent pour leur reconnaissance. Ils s’affirment métis et font entendre leur voix.

On pourrait résumer de manière simplifiée les fondations des communautés métisses ainsi : prenons l’exemple des coureurs des bois qui parcourent la forêt pour la traite des fourrures et partagent une intimité avec les peuples des Premières Nations. Ils s’initient au mariage à la mode du pays entre Blancs et Amérindiennes. Cette rencontre entre Euro-Canadiens et Amérindiens donne naissance à un nouveau groupe: les Métis.

Alors pourquoi l’histoire et le gouvernement provincial n’ont-ils pas retenu leur présence? Une des raisons qui explique pourquoi les Métis du Québec sont restés dans l’ombre réside dans le fait que les mariages mixtes célébrés selon la mode du pays sont vertement réprimés. Les Métis sont objets de mépris par les Canadiens français. Et les Premières Nations ne reconnaissent guère plus leur identité distincte. Il valait mieux tenir secret une partie du sang qui coulait dans ses veines et se fondre dans les communautés blanches ou rejoindre une des Premières Nations. Comme cette réalité a été cachée pendant des années, il est plus difficile à présent de la faire valoir devant le gouvernement.

Du côté fédéral, la législation a reconnu l’existence du peuple métis, leur octroyant les mêmes droits que les autres autochtones. L’article 35 de la Loi constitutionnelle du Canada de 1982 reconnaît avec un statut égal les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Cependant, pour être reconnu comme Métis selon la loi, il faut plus qu’une ascendance mixte dans sa généalogie. Dans les faits, chaque nation métisse doit prouver son existence et son appartenance à une communauté historique.

Alors la question du « qui » est loin de se résoudre. Car une interrogation demeure : quelle nation est reconnue métisse ?

En effet, comment définir qui est Métis et qui ne l’est pas lorsque dans les veines de beaucoup de Québécois coulent un pourcentage de sang issu d’une ou plusieurs Premières Nations? La Commission royale sur les Peuples autochtones, dans son rapport portant sur les Métis (volume 4, chapitre 5), spécifie que :

l’identité de chacun est une question de choix personnel. Chacun est libre de s’identifier à une nation ou un peuple, qu’il ait un motif objectif ou non de le faire et qu’il reçoive ou non l’appui de ce peuple ou de cette nation. Toutefois, si l’on désire avoir une reconnaissance de cette identification, l’approbation de la nation ou du peuple auquel on revendique une appartenance est nécessaire […]. La Commission recommande : 4.5.2 Que toute personne a) qui se présente elle-même comme Métisse et b) qui est acceptée comme telle par la nation métisse à laquelle elle désire être rattachée, en fonction des critères et des modalités déterminés par la nation, soit reconnue comme membre de cette nation pour les négociations de nation à nation et en tant que Métisse à cette fin. (p. 290)

Avec l’arrêt Powley, la Cour suprême a statué sur les fondements juridiques d’une reconnaissance et d’une revendication basées sur l’article 35. Celles-ci nécessitent : l’auto-identification, la preuve de l’existence de liens ancestraux avec une communauté métisse historique et l’acceptation comme membre par cette communauté.

Alors, dans un premier temps, les Métis du Québec doivent faire la preuve de leur existence historique en plus de devoir démontrer clairement qu’ils ont développé, par leurs ascendances doubles, un univers culturel et une manière d’habiter l’espace qui leur soient propres, et ce, dans une continuité et une stabilité sur un territoire circonscrit.

Les communautés métisses du Québec poursuivent donc leur combat pour établir leur légitimité, laquelle passe d’abord par une reconnaissance de leur existence au niveau provincial.

Pour aller plus loin

  • Russel Bouchard, Le Peuple métis de la Boréalie. Évocation des textes fondateurs, Québec, Cornac, 2008.
  • Pascal Huot, « La question métisse au Québec », Histoire Québec, vol. 21, no. 2, 2015, p. 10-13.
  • Rapport de la Commission royale sur les Peuples autochtones, « Les Métis », Volume 4. Perspectives et réalités, 1996, p. 285-550. [En ligne http://data2.archives.ca/e/e448/e011188231-04.pdf]
  • Fabien Tremblay, « Politique de la mémoire chez les métis de la Gaspésie », dans Denis Gagnon et Hélène Giguère (dir.), L’identité métisse en question. Stratégies identitaires et dynamismes culturels, Québec, Presse de l’Université Laval, 2012, p. 129-153.