Y a-t-il des Métis au Québec?

Cette année, Mission chez nous fera appel à quelques collaborateurs et collaboratrices pour la rédaction d’articles originaux que nous publierons pour votre plus grand plaisir sur notre blogue. Merci à eux pour cet apport considérable.

par Pascal Huot, ethnologue

Pascal Huot est chercheur indépendant. Diplômé en études autochtones, il a également effectué une maîtrise en ethnologie, à l’Université Laval. Celle-ci a fait l’objet d’une publication intitulée Tourisme culturel sur les traces de Pierre Perrault, Étude ethnologique à l’Île aux Coudres. Ses résultats de recherche ont paru dans divers journaux, magazines et revues. En 2016, il a fait paraître Ethnologue de terrain aux Éditions Charlevoix.

A

D’emblée, crevons l’abcès! Au Québec, le gouvernement provincial ne reconnaît pas de nation métisse sur son territoire. Si, dans l’ouest du pays, l’existence des Métis est reconnue, il en va tout autrement dans l’est. Pourtant, de nombreux regroupements ont retrouvé une racine de leur histoire et luttent pour leur reconnaissance. Ils s’affirment métis et font entendre leur voix.

On pourrait résumer de manière simplifiée les fondations des communautés métisses ainsi : prenons l’exemple des coureurs des bois qui parcourent la forêt pour la traite des fourrures et partagent une intimité avec les peuples des Premières Nations. Ils s’initient au mariage à la mode du pays entre Blancs et Amérindiennes. Cette rencontre entre Euro-Canadiens et Amérindiens donne naissance à un nouveau groupe: les Métis.

Alors pourquoi l’histoire et le gouvernement provincial n’ont-ils pas retenu leur présence? Une des raisons qui explique pourquoi les Métis du Québec sont restés dans l’ombre réside dans le fait que les mariages mixtes célébrés selon la mode du pays sont vertement réprimés. Les Métis sont objets de mépris par les Canadiens français. Et les Premières Nations ne reconnaissent guère plus leur identité distincte. Il valait mieux tenir secret une partie du sang qui coulait dans ses veines et se fondre dans les communautés blanches ou rejoindre une des Premières Nations. Comme cette réalité a été cachée pendant des années, il est plus difficile à présent de la faire valoir devant le gouvernement.

Du côté fédéral, la législation a reconnu l’existence du peuple métis, leur octroyant les mêmes droits que les autres autochtones. L’article 35 de la Loi constitutionnelle du Canada de 1982 reconnaît avec un statut égal les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Cependant, pour être reconnu comme Métis selon la loi, il faut plus qu’une ascendance mixte dans sa généalogie. Dans les faits, chaque nation métisse doit prouver son existence et son appartenance à une communauté historique.

Alors la question du « qui » est loin de se résoudre. Car une interrogation demeure : quelle nation est reconnue métisse ?

En effet, comment définir qui est Métis et qui ne l’est pas lorsque dans les veines de beaucoup de Québécois coulent un pourcentage de sang issu d’une ou plusieurs Premières Nations? La Commission royale sur les Peuples autochtones, dans son rapport portant sur les Métis (volume 4, chapitre 5), spécifie que :

l’identité de chacun est une question de choix personnel. Chacun est libre de s’identifier à une nation ou un peuple, qu’il ait un motif objectif ou non de le faire et qu’il reçoive ou non l’appui de ce peuple ou de cette nation. Toutefois, si l’on désire avoir une reconnaissance de cette identification, l’approbation de la nation ou du peuple auquel on revendique une appartenance est nécessaire […]. La Commission recommande : 4.5.2 Que toute personne a) qui se présente elle-même comme Métisse et b) qui est acceptée comme telle par la nation métisse à laquelle elle désire être rattachée, en fonction des critères et des modalités déterminés par la nation, soit reconnue comme membre de cette nation pour les négociations de nation à nation et en tant que Métisse à cette fin. (p. 290)

Avec l’arrêt Powley, la Cour suprême a statué sur les fondements juridiques d’une reconnaissance et d’une revendication basées sur l’article 35. Celles-ci nécessitent : l’auto-identification, la preuve de l’existence de liens ancestraux avec une communauté métisse historique et l’acceptation comme membre par cette communauté.

Alors, dans un premier temps, les Métis du Québec doivent faire la preuve de leur existence historique en plus de devoir démontrer clairement qu’ils ont développé, par leurs ascendances doubles, un univers culturel et une manière d’habiter l’espace qui leur soient propres, et ce, dans une continuité et une stabilité sur un territoire circonscrit.

Les communautés métisses du Québec poursuivent donc leur combat pour établir leur légitimité, laquelle passe d’abord par une reconnaissance de leur existence au niveau provincial.

Pour aller plus loin

  • Russel Bouchard, Le Peuple métis de la Boréalie. Évocation des textes fondateurs, Québec, Cornac, 2008.
  • Pascal Huot, « La question métisse au Québec », Histoire Québec, vol. 21, no. 2, 2015, p. 10-13.
  • Rapport de la Commission royale sur les Peuples autochtones, « Les Métis », Volume 4. Perspectives et réalités, 1996, p. 285-550. [En ligne http://data2.archives.ca/e/e448/e011188231-04.pdf]
  • Fabien Tremblay, « Politique de la mémoire chez les métis de la Gaspésie », dans Denis Gagnon et Hélène Giguère (dir.), L’identité métisse en question. Stratégies identitaires et dynamismes culturels, Québec, Presse de l’Université Laval, 2012, p. 129-153.

2 Comments

  1. Je suis Métis, j’habite en banlieu de Mtl, je suis née au Québec, mais ma grand-mère est de St-Boniface, Manitoba, je suis un descendant de Cuthbert Grant Jr. Alors oui, il y a des Métis au Québec. Merci

  2. Bonjour,

    Vous résumez assez bien la situation, mais permettez moi de vous référer au documentaire sur You Tube de Roy Dupuis (L’empreinte), tourné en 2015. Écouter bien
    les propos de Serge Bouchard, anthropologue, qui cible très bien l’ethnogenèse du Québec et l’omission historique des Métis de l’Est.

    À l’origine, le Canadien (tout court), pas Français ni Anglais, mais le Métis de souche franco-amérindienne était le trait d’union, le lien fondamental entre les nations amérindiennes et le régime français sur le territoire d’où ils étaient issus par la lien maternel.

    Le Métis a participé à l’exploration de ce pays et a renforcé les liens avec les Premières Nations. Le Canada est en partie ce qu’il est aujourd’hui grâce au peuple métis de partout au Canada. Mais avec la venu du régime anglais, ce fut une tout autre histoire. Se taire, se confondre à la masse par peur de la honte, de la déportation comme les Acadiens, ou pire la pendaison.

    Avec le temps, le pouvoir tant français qu’anglais (Bas et Haut Canada) a fini par récupérer le fait métis du pays et le fondre dans la cause du Canadien français de bonne famille purement française et effacer la mémoire de ce qui fut l’un des vrais peuples fondateurs du Québec: le Métis. Mais l’Église catholique ne pouvait voir son pouvoir lui filer des mains avec un peuple ensauvagé. Il fallait blanchir le Métis afin qu’il devienne un bon Québecois.

    D’ailleurs, la notion même du Québec et du bon Québecois, n’est-elle pas une création du clergé catholique en réponse au méchant anglais depuis le chanoine Lionel Groulx dans les années 1930 jusqu’à la Révolution tranquille. Et doit-on rappeler, dans cette même période, les pensionnats autochtones de partout au pays?

    La mémoire de l’identité métis au Québec fut occultée de l’histoire pour favoriser un pouvoir catholique canadien français pour finir par exclure toutes les autres communautés
    canadiennes françaises des autres provinces en tant que Canadien de souche française pour en venir à créer un peuple québecois refermé sur lui-même sous les diktats clérical et gouvernemental en se créant une histoire basée sur le mensonge.

    La réalité est que notre histoire et notre identité est métisse. Le Canadien était et est un Métis.

    Quand vous faites référence à l’arrêt Powley, en fait, ce jugement concerne un droit de chasse et de pêche à une famille occupant un territoire en Ontario. Or cela ne définit pas l’identité, mais le droit d’occuper un territoire donné. Je vous renvoie au jugement Harry Daniel où la plus haute cour (suprême du Canada) a rendu son jugement sur l’identité métisse au Canada et a proclamé que les Métis sont bel et bien des indiens au sens de la Constitution canadienne. Or ni les gouvernements fédéral et provinciaux ne respectent ni n’appliquent le dit jugement. Ils font tout pour réduire la portée du jugement normal ($$$) et, surtout, il ne faut pas créer des mécontents chez les autres déjà bien $$$.

    Alors, c’est loin d’être fini…

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