Apprendre de la légende du windigo

Image : Wikimedia Commons

Très souvent, lorsque nous pensons à l’apport des Premiers Peuples, nous évoquons leur spiritualité ou leur rapport à la nature. Et en effet, il s’agit là d’une source d’inspiration inestimable et valable pour toute société, que nous aurions intérêt à prendre plus souvent en compte. Cependant, il ne faudrait pas limiter leur apport à ces catégories souvent bien campées pour nous et qui, pour eux, ont une portée plus large que nous pouvons le concevoir. Et si les Premières Nations nous permettaient de prendre aussi un pas de recul sur notre conception de l’économie?

Faisons appel à une légende, celle du windigo, un être surnaturel qui appartient à la tradition spirituelle des Premières Nations de langue algonquienne en Amérique du Nord. On le décrit comme un monstre puissant, violent, qui va jusqu’à dévorer ses victimes. Dans la plupart des récits le concernant, les humains se transforment en windigos à cause de leur cupidité ou d’une faiblesse. L’avidité de ce monstre vient rappeler, à titre de repoussoir, le fait que la survie de l’homme dépend souvent de la coopération et du partage des richesses. « Selon l’historien Shawn Smallman, le windigo est toujours perçu comme un symbole de cupidité dans la société moderne; il se manifeste aujourd’hui sous la forme du capitalisme et de la consommation à outrance. » (L‘Encyclopédie Canadienne) L’intellectuelle anicinabe Winona LaDuke parlera même d’une « économie de type windigo » devant les ravages d’un capitalisme arrogant, les excès d’une économie qui a tendance à « manger » celles et ceux qui la font fonctionner, comme le windigo engloutit ses victimes.

La vision de l’économie portée par plusieurs membres des Premiers Peuples met plutôt de l’avant une société qui refuse d’exploiter ce sur quoi elle repose et ce dont elle dépend : les personnes, tout comme les « ressources » naturelles. (Il faut noter que le mot ressources lui-même, abondamment utilisé par nos sociétés, traduit une vision mercantile basée sur une forme d’exploitation.) Comme le dit magnifiquement l’artiste multidisciplinaire anicinabe Caroline Monnet dans cette entrevue, dans les communautés autochtones, le temps ne s’arrête pas pour des raisons de budget ou de production, mais bien pour des considérations humaines. Elle donne en particulier l’exemple des funérailles qui, dans les communautés autochtones, se vivent de manière publique et collective.

C’est notamment par souci de s’inspirer de cette conception différente de l’économie que Mission chez nous a rejoint le Regroupement pour la responsabilité sociale des entreprises (RRSE), un organisme fondé en 1999 par des communautés religieuses engagées. L’objectif du RRSE est de favoriser une meilleure justice sociale et environnementale, et une gouvernance plus saine des grandes entreprises, qui ont un impact majeur sur nos communautés. Les membres du RRSE s’assurent que leurs avoirs participent le moins possible à la violation des droits humains, à la détérioration de l’environnement ou au maintien de pratiques de gouvernance non transparentes. Pour Mission chez nous, joindre ce regroupement est une façon de contribuer à l’émergence d’une économie replaçant l’humain – tous les humains – en son centre, loin de la violence et de la cupidité du windigo. Une façon de faire autrement, en cohérence directe avec notre mission et nos valeurs.

À écouter

Windigo dans la forêt
Un conte audio raconté par Karine Echaquan de Manawan
(réalisation de Marie-Laurence Rancourt) sur Ohdio!
Durée : 17 min

Grand-père, c’est quoi, le courage? Une belette entreprend la quête de sa vie : tuer le Windigo, un monstre qui règne en maître dans la forêt et menace les humains et les animaux qui ne parviennent plus à se nourrir. Une fillette découvre le courage à travers le récit de cette petite belette qui parvient à préserver le grand cycle de la nature.

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