En 2014, écouter pour voir

Missive du 8 janvier 2014

par Claude Gosselin, ptre

Claude Gosselin« Écoute comme il faut, et tu vas mieux voir! » Il y a de ces remarques entendues dans les conversations du Temps des Fêtes qui ont l’effet d’un appel, d’une profonde interpellation orientant nos résolutions pour l’année nouvelle. Celle-ci entendue de la sagesse d’un aîné nous ramène au mystère de Noël, une Parole faite chair : « Si tu sais bien écouter le son d’un moteur, tu vas voir ce qui ne tourne pas rond à l’intérieur. » Peut-être en est-il ainsi pour nos vies personnelles, ecclésiales et communautaires? Écouter pour mieux voir! Écouter vraiment!

Soit notre écoute est assourdie par ce que nous ne voulons pas entendre, soit qu’elle est contaminée par ce que nous voulons trop entendre. Dans le premier cas, le refus d’écouter nos blessures intérieures, ou un désir profond, nous empêche de voir la réalité en face avec toutes ses potentialités de guérison, de créativité et de communion. Dans le second cas, nous orientons nos actions de par notre seule inspiration ou nos satisfactions personnelles, négligeant ainsi le fait qu’une abondance de vie peut nous surprendre gratuitement de la part de la nature, de nos relations interpersonnelles ou d’évènements inattendus.

Ce n’est pas tout de voir une étoile et de la suivre, on doit en écouter le message : « Et voilà que l’étoile qu’ils avaient vue se lever les précédait; elle vint s’arrêter au-dessus du lieu où se trouvait l’enfant. » (Mt 2,10) Indépendamment de nos croyances, l’étoile qu’on voit est connectée à une parole, donc le signe vu ou aperçu est à écouter. Le cri de l’enfant est plus souvent un appel à un dialogue qu’une négligeable distraction. En ce dernier dimanche de l’Épiphanie, qui signifie révélation, l’accueil du petit François-Xavier au milieu de l’assemblée est venu rendre visible la parole entendue. Soudainement, il a cessé ses turbulences pour répandre sa paix à tous ceux et celles qu’il regardait. Mystère de la présence d’un Dieu qui se fait enfant avant de se donner le nom de Jésus. Il ne s’agit pas de chercher à faire taire, mais d’écouter la parole dans l’autre, en toute liberté, de se laisser rejoindre et toucher, pour ensuite accueillir la vie et entrer en dialogue. C’est alors qu’« amour et vérité se rencontrent » (Ps 84). Notre communauté s’épanouira par l’écoute de l’enfant en soi et autour de soi. Et il n’y a pas d’âge pour ce type d’enfant : il a l’âge de celui ou celle qui veut être écouté(e).

Ultimement, l’écoute qui fait voir, nous conduit vers le pauvre. Voir le pauvre sans détourner le regard nous oblige d’abord à écouter nos préjugés, nos limites, notre impuissance et notre propre pauvreté, pour, par la suite, écouter nos élans de compassion, de vie fraternelle, de reconnaissance et de gratitude devant tant de richesses à partager. Les présents des Mages sont davantage la libération d’un dépouillement qu’une offrande de cadeaux band-aid pour honorer les bonnes consciences. L’étoile conduit à l’enfant dans sa plus grande pauvreté, mais aussi dans sa plus grande vitalité, à condition d’écouter le cri d’humanité qui se fait entendre. L’écoute authentique du pauvre donnera à nos sociétés sa véritable richesse d’humanité. Le pauvre conduit à notre richesse : « Justice et paix s’embrassent. » (Ps 84)

« Écoute comme il faut, et tu vas mieux voir… ce qui se passe en-dedans! » Les solutions à nos problèmes relationnelles ou de société relèvent bien davantage de notre capacité à écouter que de nos compétences. Le nouveau pape François brise ainsi avec toute une dynastie d’ecclésiastes en passant de la parole de savants aux actes de miséricorde dans le plus pur respect d’une humanité à écouter. Nos gouvernements civils réussissent leur meilleur coup dans l’écoute des biens de la terre et de la population pour assurer une équitable redistribution des richesses. Nos institutions s’enrichissent à même l’écoute de tous les membres qui les composent, pour redécouvrir une mission de mise en valeur de tous et toutes et non seulement d’intérêts particuliers.

« Avertis en songe de ne pas retourner chez Hérode, les Mages regagnèrent leur pays par un autre chemin. » (Mt 2,12) À nous d’en faire autant cette année pour être sans cesse à l’écoute des voix du pauvre et de l’enfant et ouvrir ainsi de nouveaux chemins d’humanité.

Activités à venir : À l’occasion du départ du Yukon de l’abbé Claude Gosselin, toute la population est invitée à se rassembler pour un souper fraternel « à la fortune du pot », le dimanche 19 janvier 2014 à partir de 16 h au sous-sol de la cathédrale Sacré-Cœur. Venons en grand nombre y partager nos souvenirs et nos souhaits! Claude sera heureux de vous y rencontrer!

Cette chronique est présentée par le Comité francophone catholique Saint-Eugène-de-Mazenod. Pour plus d’informations sur nos activités, joignez : 404 393-4791 ou cfcyukon@klondiker.com

Photo : Jean Baillargeon (tirée du blogue : mechantederape.blogspot.ca)

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