Exploration de la chanson Mishapan Nitassinan (3)

Rivière des Outaouais.
« La plus ancienne dénomination que l’on relève pour la rivière des Outaouais est Kitchisipi,
orthographiée aussi Kitchisippi et Katche-sippi, signifiant grande rivière. »
(Commission de toponymie, Noms et lieux du Québec. Dictionnaire illustré, p. 508)
Photo : Pascal Huot

Savez-vous ce que signifie le nom de Massawipi? Ou encore celui d’Outaouais? Comme une sorte d’exercice poétique, la chanson Mishapan Nitassinan, interprétée par Chloé Sainte-Marie, déroule la liste de divers toponymes d’origine autochtone issus pour la plupart du Québec. Et si nous explorions quelque peu ce territoire méconnu… Troisième de quatre articles.

Mishapan Nitassinan1 (Que notre terre était grande) est une chanson interprétée par Chloé Sainte-Marie qui s’écoute en pièce d’ouverture de son album Je marche à toi paru en 2002. Le texte magnifique, signé par la poétesse innue Joséphine Bacon et le musicien Gilles Bélanger, défile les toponymes amérindiens principalement du Québec, mais également des Amériques. Ces noms de lieux sont intimement liés au territoire et sont d’une grande richesse pour la représentation de celui-ci.

Ce texte propose donc le résultat d’une petite recherche sur la signification de la toponymie des lieux énoncés dans la chanson originale, composée de quatre couplets. Voici donc aujourd’hui le contenu du troisième couplet.

Voir la vidéo de la chanson.

Mississipi Dakota Saglouc Oklahoma
Poenegamook Kuujjuak Acapulco Miguasha
Acadie Winnipeg Yucatan Manitoba
Outaouais Abitibi Massawipi Alaska

Mississipi : État du Sud des États-Unis, Mississippi provient de l’ojibwé Misi-ziibi et signifie grand fleuve, grande rivière ou grand ruisseau.

Dakota : Le mot Dakota de l’état américain signifie ami en sioux.

Saglouc : Saglouc ou Sugluk, également appelé fjord de Salluit, ce toponyme se réfère à la réserve inuite du Nunavik, Salluit, qui signifie les maigres, les gens minces. « Durant les années 1960 et 1970, le village va connaître un développement rapide, avec l’installation d’infrastructures modernes et sera alors rebaptisé Saglouk par le gouvernement du Québec. Il est difficile de connaître l’origine de ce terme, inconnu des Inuit [sic.], et qui pourrait être une déformation du mot Salluit. » (Pierre Desrosiers, À L’origine du Dorsetien, p. 241)

Oklahoma : Le toponyme de cet état du centre sud des États-Unis est formé à partir de deux mots de la langue des Choctaw, okla et humma, qui signifie, homme rouge, peuple rouge.

Poenegamook : Ce toponyme signifie endroit du campement, lieu de repos ou campement d’hiver pour les Wolastoqiyix, les Malécites.

Kuujjuaq : « Kuujjuaq est la forme contemporaine de Koksoak qui signifie la grande rivière. » (Commission de toponymie, Noms et lieux du Québec. Dictionnaire illustré, p. 316)

Acapulco : Le toponyme Acapulco au Mexique signifie en langue nahuatl région des roseaux denses.

Miguasha : « L’appellation Miguasha est l’adaptation du mot micmac megoasag, signifiant rocher, falaise rouge, sans doute à cause de la teinte rouge des hautes falaises du parc. » (Commission de toponymie, Noms et lieux du Québec. Dictionnaire illustré, p. 438)

Acadie : « L’origine du terme « Acadie » remonte probablement à Giovanni da Verrazzano, un explorateur italien au service du roi de France. En 1524, Verrazzano effectue son premier voyage dans le Nouveau Monde et nomme « Arcadie » la région côtière s’étendant près du Delaware, en notant la « beauté de ses arbres ». Dans la Grèce antique, l’Arcadie faisait référence à une région du Péloponnèse perçue comme un paradis sur Terre. Les explorateurs et cartographes du XVIe siècle et du XVIIe siècle ont situé cette référence un peu plus au nord et ont altéré le terme, de telle sorte qu’en 1620, le terme « Acadie » désigne communément la région actuellement comprise dans les provinces maritime [sic.] du Canada. » (Marc L. Johnson, Acadie)

Winnipeg : Les Cris désignaient ainsi le lac win pour boueux et nipee pour eau.

Yucatan : État du Mexique qui fut l’un des centres de la civilisation maya. Il existe plusieurs définitions possibles pour ce toponyme, sans statu quo. Retenons « l’homonymie de Yucalpeten, qui désigne le territoire des Itza, et de Yucatan [qui s’]explique par l’équivalence entre peten, qui signifie « territoire », et sa métaphore tan, qui signifie « épouse », la terre étant comparée à une mère et ses habitants à ses enfants » [https://fr.wikipedia.org/wiki/Yucat%C3%A1n].

Manitoba : Ce toponyme provient du mot cri man-into-wah-paow qui signifie le passage du Grand Esprit.

Outaouais : Le nom Outaouais vient de l’algonquin adawe et signifie acheter et vendre.

Abitibi : « Abitibi vient de l’algonquin âpihtô, la moitié ou la demie et nipi, eau, pour former un mot qui signifie eau mitoyenne, là où l’eau se rencontre à mi-chemin ou à la hauteur des terres. » (Commission de toponymie, Noms et lieux du Québec. Dictionnaire illustré, p. 2)

Massawipi : « Selon certains, le toponyme Masawippi provient de l’algonquin nasawipi et signifie entre les eaux, ses racines étant nasaw pour entre, milieu et nipi pour eau. D’autres affirment, cependant, que Massawippi est un mot abénaquis signifiant beaucoup d’eau claire. Cette version paraît plus vraisemblable étant donné que les Abénaquis parcouraient encore la région lorsque les Loyalistes s’y installèrent. » (Commission de toponymie, Noms et lieux du Québec. Dictionnaire illustré, p. 423)

Alaska : La région fut vendue en 1867 par la Russie aux États-Unis. Alaska est la version russe du mot Alakshak en langue eskimo-aléoute (inuites-aléoutes) et signifie terres ou grande péninsule.

Prochain article : exploration du quatrième couplet de la chanson.

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1 Pour une définition du Nitassinan, consulter le billet https://www.missioncheznous.com/nitassinan-mashteuiatsh-pekuakamiulnuatsh/

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Pour aller plus loin

• Commission de toponymie, Noms et lieux du Québec. Dictionnaire illustré, Partie 2, Québec, Les Publications du Québec, 2006.

• Pierre Desrosiers, À l’origine du Dorsetien. Apport de la technologie lithique des sites GhGk-63 et Tayara (KbFk-7) au Nunavik, Thèse, Université Paris I – Panthéon – Sorbonne, 2009, [En ligne/PDF]. [http://www.avataq.qc.ca/en/content/download/53468/189631/file/Desrosiers%20PhD%202009.pdf]

• Gouvernement du Canada, Origine des toponymes du Canada et de ses provinces et territoires, [En ligne]. [https://www.rncan.gc.ca/sciences-de-la-terre/geographie/origine-des-toponymes-du-canada/origine-des-toponymes-du-canada-et-de-ses-provinces-et-territoires/9225]

• Marc L. Johnson, « Acadie », L’Encyclopédie canadienne, 21 juillet 2015, [En ligne]. [https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/acadie]

• Chloé Sainte-Marie, Biographie, Québec Info Musique, [en ligne]. [http://www.qim.com/artistes/biographie.asp?artistid=344]

• Chloé Sainte-Marie, « Mishapan Nitassinan », album Je marche à toi, Octant Musique, 2002, piste 1, [En ligne]. [https://www.youtube.com/watch?v=Iajdt5GLGuI&feature=emb_title]

• Chloé Sainte-Marie, Site officiel, [En ligne]. [http://chloesaintemarie.com/]

• Anne-Marie Yvon, Joséphine Bacon, la vie en trois temps d’une femme d’exception, Radio-Canada, Espaces autochtones, 8 mars 2019, [En ligne] [https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1155819/josephine-bacon-innue-poete-autochtone-histoire]

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Pascal Huot est chercheur indépendant. Diplômé en études autochtones, il a également effectué une maîtrise en ethnologie, à l’Université Laval. Celle-ci a fait l’objet d’une publication intitulée Tourisme culturel sur les traces de Pierre Perrault, Étude ethnologique à l’Île aux Coudres. Ses résultats de recherche ont paru dans divers journaux, magazines et revues. En 2016, il a fait paraître Ethnologue de terrain aux Éditions Charlevoix.

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