Faire mémoire : un geste d’amour

Photo : Walking With Our Sisters Exhibition in the Shingwauk Auditorium at Algoma University, 2014 | Wikipédia

Alors que plusieurs d’entre nous soulignaient récemment la Saint-Valentin, des familles et des amis de femmes autochtones disparues ou assassinées ce même jour se retrouvaient pour marcher ensemble ou tenir des cérémonies.

À Montréal, une centaine de personnes ont bravé le froid pour vivre ce temps de recueillement. Lors de cette marche, de profondes réflexions ont été lancées. Jessica Quijano, coordonnatrice du projet Iskweu du Foyer pour femmes autochtones, a déclaré : « Nous n’avons pas besoin de plus de police, nous n’avons pas besoin de plus de prisons. Nous avons besoin de guérison, de justice réparatrice, de services et de logement. » De son côté, Marjolaine Étienne, présidente de Femmes autochtones du Québec, a rappelé l’impact collectif de la violence : « Il ne faut jamais, jamais oublier ce qui est arrivé à nos sœurs, a-t-elle affirmé. Quand on blesse une femme, on blesse un enfant, des enfants. Quand on blesse des enfants, on blesse une communauté, et ça doit changer. » (Article de Radio-Canada)

C’est à Vancouver que les veillées et les marches de la Saint-Valentin pour les femmes autochtones ont débuté, en 1992, après le meurtre de Cheryl Ann Joe, une jeune mère de famille salish. Son corps a été retrouvé le 14 février dans le quartier Downtown Eastside de Vancouver (Encyclopédie Canadienne). Le 14 février dernier, Krista Fox a aussi ajouté sa voix à celles de centaines d’autres qui furent entendues au cœur de ce même quartier. Krista Fox traversera le Canada par amour pour ses sœurs et afin que les femmes autochtones disparues ou assassinées ne soient jamais oubliées. Âgée de 53 ans, elle entreprend ce périple pour attirer l’attention sur ces femmes et ces filles et nous rappeler que la disparition de femmes autochtones se poursuit toujours aujourd’hui, malgré les travaux menés pendant l’Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées, qui a déposé son rapport final, incluant 250 recommandations, en 2019. 

À Vancouver aussi existe une initiative communautaire qui donne espoir, lancée humblement il y a 3 ans par Jamie Smallboy, une femme crie qui a fondé la Sweet Grass Sisters Healing Society. Chaque samedi, au Centre communautaire Strathcona, se réunissent des personnes autochtones et non autochtones autour d’un même projet : celui de fabriquer des jupes rouges pour les familles de ces femmes disparues ou assassinées. Ces jupes sont remises à l’occasion de la traditionnelle marche du 14 février. Alors que Jamie, il y a 10 ans, vivait une période difficile, peinant à survivre dans les rues de la ville, elle a entendu au loin le son des tambours et les chants apaisants qui lui rappelaient sa culture et ses racines, provenant de la marche qui se tenait alors. Jamie l’a rejointe, puis y a trouver la force de reprendre le pouvoir sur sa vie. Aujourd’hui, en organisant ces ateliers de couture, elle crée des occasions de rencontre où chaque jupe traditionnelle créée devient un geste d’amour, un lieu de guérison et de réconciliation pour toutes les personnes impliquées. De la douleur émerge une grande beauté.

Si la Saint-Valentin est une journée marquée par un désir de douceur, une journée où il fait bon de souligner l’amour que nous portons pour celles et ceux qui nous entourent et partagent notre vie, faisons-en aussi une occasion pour faire mémoire. Faire mémoire est aussi une puissante marque d’amour. Si un geste de violence peut avoir des conséquences majeures sur l’ensemble d’une collectivité, il en est de même – voire davantage – pour tout geste d’amour.

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