« Je suis chez nous… puis c’est chez vous aussi »

Photo : JamesRonin/Pixabay

La route des pow-wow nous invite chaque année à participer aux nombreuses festivités qui se tiennent sur tout le territoire qu’on appelle le Québec. Des célébrations estivales qui ont lieu aussi partout en Amérique du Nord. Au-delà du folklore qu’ils semblent mettre de l’avant, ces pow-wow, à l’heure du mouvement de la réconciliation, annoncent-ils une nouvelle ère?

L’arrivée du solstice d’été annonce aussi la saison des pow-wow partout sur le territoire des peuples de la Grande Tortue (Amérique du Nord). Je ne sais pas si c’est la pandémie ou bien l’actualité qui donne une plus grande place aux Premiers Peuples, mais il semblerait que l’on voit davantage d’efforts promotionnels dans les médias et réseaux sociaux à propos des pow-wow des différentes communautés.

À Chicoutimi, on a même eu droit à une présaison des pow-wow! L’école Antoine-de-Saint-Exupéry, désignée pour accueillir des enfants autochtones dans les classes allochtones, en partenariat avec le Centre Mamik (ex-centre d’amitié autochtone de Chicoutimi) et la Boîte rouge VIF, a tenu un mini pow-wow dans sa cour, avec tout le décorum traditionnel.

Reconnaissons qu’il s’agit d’un changement majeur d’attitude à la fois de la part des communautés autochtones, qui ne semblent plus hésiter à se faire belles et accueillantes pour les « Canadiens » et les « Québécois », et de leur part à eux aussi, qui se prennent au jeu du « tourisme exotique » intérieur.

Changement de paradigme

Pour un Blanc de ma génération, le costume traditionnel autochtone, avec ses plumes, ses couleurs et tous les rituels de danse, fait malheureusement référence au cinéma américain qui a largement contribué à donner une visibilité aux conquêtes du territoire par les arrivants européens et à l’établissement de la grande nation étatsunienne. Les « Indiens », « Amérindiens » et « Sauvages » n’étaient présentés dans ces films que pour les inférioriser.

Les danses autochtones sont des rituels signifiants, au contraire de tout ce qu’on nous a enseigné. On nous racontait que ces danses étaient inspirées par le diable! Les costumes traditionnels et les accessoires – qu’on devrait appeler « regalias » – étaient l’apanage de peuples qualifiés de non civilisés. Tout nous était présenté pour nourrir la détestation et le rejet de ces « sous-humains ».

Les fêtes culturelles et spirituelles du solstice, au Canada du moins, ont été interdites de 1886 à 1951. Avec la tragédie des pensionnats indiens et les conséquences désastreuses sur le tissu communautaire, on ne peut pas dire que les pow-wow étaient des rencontres aussi joyeuses et rayonnantes de fierté que celles que l’on voit depuis quelques années.

Quelque chose de sacré…

Ce qui est bien, avec le mouvement de la Réconciliation, c’est ce regard qui change, ce respect qui s’installe avec la connaissance de l’histoire qui nous a été révélée. L’intérêt nouveau et de plus en plus marqué pour la rencontre, notamment à l’occasion des pow-wow, m’apparaît comme une forme de tourisme religieux.

Lorsque nous allons visiter un lieu considéré sacré dans une culture étrangère, nous y entrons généralement avec une attitude de respect. Il y a de l’histoire, des siècles de spiritualité nourrie par un symbolisme, des récits, des rites, un ordre des choses. C’est la même chose pour les non-chrétiens qui entrent dans une Église. Et on s’attend de leur part qu’ils se montrent respectueux à l’égard du lieu dans lequel ils entrent, comme un espace sacré.

Il doit en être de même avec les pow-wow. Ceux-ci ne sont en rien des fêtes de villages comme on a connues dans notre propre histoire. Celles-là étaient généralement des occasions faciles pour des réjouissances bien arrosées. Au contraire, l’alcool et les drogues sont interdits à l’occasion des pow-wow, car, pour les communautés autochtones, il s’agit d’un temps fort pour célébrer leur culture, se connecter au monde des ancêtres et se remémorer le sens de leur passage sur terre.

Le touriste d’ici qui veut entrer en contact avec une communauté autochtone par le biais d’un pow-wow devrait donc s’y préparer pour mieux comprendre ce qu’il va y découvrir, ce qu’on lui présentera, ce qu’on partagera avec lui avec une belle ouverture et une grande générosité.

Pour ce faire, on voit de plus en plus apparaître des guides pour les premiers pas dans un powwow! Ce n’est certainement pas une mauvaise idée de lire un peu sur le sujet. Pour les plus pressés, on trouve même une affichette qui donne en un coup d’œil l’essentiel à connaître.

Chez nous, c’est chez vous

À la fin du reportage sur le mini pow-wow à l’école primaire Antoine-de-Saint-Exupéry, le présentateur anicinabe Jeffrey Papatie fait une déclaration intéressante : « J’accueille les allochtones, les Blancs, à venir festoyer avec nous dans les pow-wow. On dit souvent que les Autochtones c’est chez nous sur notre territoire, mais je dis que je suis chez nous, mais je suis chez vous aussi. » Quel changement de discours! Si nous pouvons parler d’un territoire commun à partager, à respecter surtout, peut-être qu’enfin on pourra tous dire, peu importe d’où nous venons, que « chez nous, c’est chez vous ».

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Jocelyn Girard publie des articles dans plusieurs médias. Titulaire d’un doctorat en théologie, il pousse sa quête de réexpression de la foi dans un contexte culturel devenu moins perméable aux inspirations chrétiennes. Avec sa famille, il a vécu dans deux communautés de L’Arche, en France et à Montréal, son couple ayant adopté cinq enfants dont deux présentant une déficience intellectuelle. Après 10 ans de service au diocèse de Chicoutimi, il œuvre dans le monde des technologies de l’information, d’où il espère contribuer à l’éveil des solidarités vitales pour l’avenir de l’humanité.

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1 commentaire

  1. Merci pour cet écrit instructif et invitant au rapprochement inter- nations!
    Joyeux Pow -wow à tous ceux et celles qui y participent!

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