Kitcisakik, sous le signe de la croix

Première communion à Kitcisakik
Première communion à Kitcisakik

Le vendredi 19 août 2022. Trois coups de fusil pétaradent dans le ciel, les cloches sonnent, tout le monde se rend au quai pour accueillir Mgr Guy Boulanger qui en est à sa deuxième visite à Kitcisakik et arrive en canot pour célébrer, malgré les épreuves, la première communion de sept enfants et parents. Que de choses nous avons à lui raconter depuis la dernière fois!

Arrivée de Mgr Boulanger

D’abord, l’épreuve du bateau, parti à la dérive vers l’autre bord du lac, qui s’est bien terminée, au soulagement de tous et toutes.

Puis, l’épisode de la recherche nocturne de la « tank à gaz » du même bateau, une semaine plus tard. Cette aventure a bien fini aussi. Nous avons réussi à transporter l’épicerie – des achats visant à nourrir 25 personnes pour une semaine! – tard dans la nuit, épuisés, mais encore en vie !

Ensuite, la terrible tragédie du jeune homme pendu trouvé par 3 enfants de 5 ans et décroché par sa mère… Même si cela peut paraît invraisemblable, cette famille a réussi à trouver la paix et la sérénité en seulement 8 jours. Lors de la célébration des funérailles, la maman a remercié tous ceux et celles qui l’avait appuyée avec un aplomb surprenant et sans larmes. Quelle résilience! Quel bienfait d’une communauté qui se fait proche de ceux et celles qui pleurent.

Les parents de Billy

Et, enfin, cette merveilleuse semaine de préparation à la première communion animée par la famille de Sébastien Lafontaine et d’Isabelle Gagnon, Monique [Papatie] et moi-même. La journée du décès, je voulais tout annuler, mais Sébastien m’a dit avec assurance : « Renelle, c’est le temps plus que jamais de manifester notre solidarité et notre compassion. Ce n’est pas le temps de les abandonner. » Sa femme était du même avis. Et ils avaient raison!

L’objectif de ce qui devrait être pour moi un « dernier » retour au Grand Lac était de permettre à Sébastien et à Isabelle de s’habiliter à animer un camp de pastorale pour créer une communauté chrétienne plus jeune qui puisse continuer dans le temps. Le feu a été allumé! Les parents et enfants ont vécu une expérience très positive. La célébration de la première communion a été particulièrement priante.

Monique émue de son gâteau

Je peux dire que les personnes présentes ont vécu une vraie rencontre avec le Christ par le biais des mimes de la Parole de Dieu, les temps de prière au bord du lac, les cercles de Parole, les repas et les temps de loisirs à la plage, autour des feux de camps et à la pêche. Nous avons même été témoin d’un miracle. Un jeune demande à un autre de lui prêter sa canne à pêche. L’autre lui répond: « À condition que tu prennes un poisson! » Ce dernier implore le Seigneur de l’exaucer et jette sa canne à pêche à l’eau. Merveille, au premier lancer, un doré noir mord à l’hameçon. Les deux reviennent en criant au miracle!

Nous avons aussi surpris Monique Papatie avec un gâteau de fête pour ses 70 ans. Elle a été émue aux larmes. Mgr Boulanger en a profité pour lui donner un cadeau de 3 000 $ en remerciement pour toutes ces 15 années de service bénévole comme animatrice de pastorale de Kitcisakik…

Des gens me demandent comment on peut passer à travers de pareilles épreuves? Avec la solidarité, la compassion et, surtout, la présence de ce Dieu qui se fait discret et continue de porter les atrocités de notre monde sur ses épaules. Je veux ici mentionner l’apport précieux de ma consœur Rita Marion qui a été comme un Simon de Cyrène dans cette tragédie pour les enfants et pour moi.

Devant la croix orange marquée de traces de mains

La croix orange, souvenir des souffrances vécues dans les pensionnats autochtones, est devenue un symbole de résilience, de résurrection. L’an dernier, elle avait été fabriquée pour rappeler les sépultures des 215 enfants trouvés à Kamloops. Cette année, nous l’avons reprise pour vivre un chemin de croix contemporain. En se promenant de cabane en cabane, Alfred nous a parlé des aînés qui les ont habitées et nous y avons pris du temps pour intercéder pour les personnes qui souffrent dans notre société.

Rendus chez Monique, nous avons demandé à chacun et chacune de tremper ses mains ou ses pieds dans de la gouache noire et d’y imprimer sa marque sur cette croix. Les survivantes des pensionnats présentes ont été très touchées par cette démarche.

Cette croix lumineuse, qui est maintenant accrochée sur le devant de la chapelle Sainte-Clotilde, devient donc un signe de la victoire de la Vie sur la Mort et le Mal. J’en suis un témoin vivant. Christ s’est fait autochtone! Christ est vivant!

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