La chapelle des Indiens de Tadoussac, sise sur un lieu de rencontres et d’échanges historique

La chapelle des Indiens de Tadoussac | photo : Pascal Huot

Depuis quelques années déjà, Mission chez nous fait appel à quelques collaborateurs et collaboratrices pour la rédaction d’articles originaux que nous publions pour votre plus grand plaisir sur notre blogue. Merci à eux pour cet apport considérable.

par Pascal Huot, ethnologue

L’attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est Photo_Pascal-Huot.jpg.

Pascal Huot est chercheur indépendant. Diplômé en études autochtones, il a également effectué une maîtrise en ethnologie, à l’Université Laval. Celle-ci a fait l’objet d’une publication intitulée Tourisme culturel sur les traces de Pierre Perrault, Étude ethnologique à l’Île aux Coudres. Ses résultats de recherche ont paru dans divers journaux, magazines et revues. En 2016, il a fait paraître Ethnologue de terrain aux Éditions Charlevoix.

.

A

Ancien lieu de culte pour les missions amérindiennes, la chapelle des Indiens a vu, avec les années, sa vocation première changer. Devenue un site touristique incontournable de la Haute-Côte-Nord, elle offre désormais aux visiteurs et visiteuses de passage l’occasion de pénétrer dans ses murs chargés d’histoire.

C’est à Tadoussac, où la nature et le patrimoine architectural forment un paysage unique, qu’est hissée, face à la baie, la chapelle des Indiens. Toute de bois construite, elle est considérée comme la plus ancienne construction du genre en Amérique du Nord. Le bâtiment est affublé de plusieurs noms : la petite chapelle de Tadoussac, la vieille chapelle, la chapelle des Jésuites de même que l’église de la mission de Sainte-Croix, pour ne mentionner que ceux-là. Au fil des ans, elle a délaissé la vie religieuse active et est arrivée jusqu’à nous en tant que lieu muséal, imprégné d’histoire et de connaissances à partager.

La chapelle face à la baie | photos : Pascal Huot

Tadoussac : territoire des Innus et berceau de la Nouvelle-France

Le nom « Tadoussac » provient du montagnais tatoushak, qui signifie « les mamelles », en référence aux deux collines rondes et sablonneuses situées du côté ouest du village. Lors de son deuxième voyage en 1535, l’explorateur Jacques Cartier y jette l’ancre et visite les lieux, déjà fort achalandés en raison des trocs saisonniers. Il constate que les Montagnais (Innus) ont déjà investi depuis longtemps l’emplacement et que les Basques y chassent la baleine.

En 1600, Pierre de Chauvin de Tonnetuit (avant 1575-1603) y construit le premier poste de traite des fourrures. Le capitaine y laissera seize hommes dont onze meurent pendant l’hiver. Il est possible aujourd’hui de visiter une reconstitution de ce bâtiment en billes équarries à la hache au Poste de traite Chauvin. Le site présente une exposition qui retrace l’histoire du commerce de la pelleterie entre Innus et Français.

Du 17e au 19e siècle, plusieurs églises de missions amérindiennes ont été construites sur le territoire du Québec. Si certaines sont érigées aux environs d’agglomérations importantes, comme celle de Wendake à Québec, d’autres naissent au voisinage des postes de traite. Les missionnaires profitent de ces lieux d’échanges, généralement situés dans les parages d’un cours d’eau servant aux déplacements et aux échanges avec les Amérindiens, pour implanter les missions évangéliques dans les régions éloignées.

Au début du 17e siècle, Tadoussac est déjà un important poste de traite, situation qui explique la construction, dès 1617, d’une première chapelle missionnaire par le père récollet Joseph Le Caron (vers 1586-1632). Ce bâtiment d’écorce disparaît en même temps que les Récollets, forcés de quitter la Nouvelle-France en 1629 lors de la victoire des frères Kirke, aventuriers britanniques qui occupèrent Québec. « Lors de leurs passages, les Kirke avaient complètement détruit les installations physiques du comptoir de Tadoussac. » (Bouchard, 1989, p. 54)

En 1640, les Jésuites assurent la relève et viennent s’établir à Tadoussac. « Les Montagnais, qui avaient jusque-là résisté à l’évangélisation, sont influencés par les Hurons de la réduction de Sillery et demandent aux Jésuites de venir leur donner la mission dans leurs habitations. Après s’être fait rassurer, ils acceptent d’y aller et envoient le père Le Jeune à la fin de mai 1641. Sitôt arrivé, les Indiens lui construisent un logis adéquat et une chapelle en écorce de bouleau. Le missionnaire, de son côté, passe tout son temps à baptiser, à confesser les malades et à instruire les “sauvages”. » (Bouchard, 1989, p. 57-58) Cette construction fut remplacée en 1661 par une église en pierre plus grande. Celle-ci est réduite en cendres trois ans plus tard. Tadoussac reste ainsi durant plusieurs années sans lieu de culte.

Sise près de l’hôtel Tadoussac

Il faut attendre 1747 pour voir l’élévation d’une nouvelle chapelle en colombages. L’actuel bâtiment est érigé sous la direction du père jésuite Claude-Godefroi Coquart (1706-1765) et avec l’aide financière de l’intendant Bigot (1703-1778). C’est le 16 mai que le père Coquart bénit le site où doit s’élever la nouvelle église et y enfonce le premier clou. Sanctuaire voué à la bonne sainte Anne, elle est ouverte au culte en 1750, et la célébration de la première messe y a lieu le 24 juin. Elle accueille les Innus des régions du Lac-Saint-Jean et de la Côte-Nord.

Cette chapelle est le plus ancien bâtiment religieux en bois qu’il nous est possible de voir encore aujourd’hui. Toute petite malgré l’immensité de son histoire, qui la visite découvre en ses murs son architecture, véritable survivance au temps. Il est notamment possible d’y ressentir l’esprit maritime qui habite les lieux par l’impression que procure le toit, celui-ci rappelant la forme d’un navire. La chapelle abrite une sacristie, ajoutée au bâtiment au début du 19e siècle.

L’église de la mission de Sainte-Croix-de-Tadoussac est maintenant classée monument historique. Riche de son dénuement, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, elle ouvre sa grande porte à deux battants aux visiteurs et visiteuses.

Témoin du passé, ce patrimoine bâti est un legs pour le présent, un héritage à connaître afin de comprendre comment se vivait l’expression de la foi dans les missions amérindiennes en Nouvelle-France.

• • •

Pour aller plus loin

• Russel Bouchard, Le Saguenay des fourrures. Histoire d’un monopole, Édition à compte d’auteure, 1989.

Chapelle de Tadoussac, Répertoire du patrimoine culturel du Québec, [En ligne] : http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&id=92892&type=bien#.XYJbKy5KjIU

• Chapelle de Tadoussac, site internet [En ligne] : http://www.chapelledetadoussac.com/index.html

• Pascal Huot, « La chapelle des Indiens de Tadoussac. Une mémoire sculptée dans le bois », une première version synthétisée a été publiée dans Notre-Dame du Cap, 117e année, Mai 2008, p. 14-15.

• Siham Jamaa, « Tadoussac », dans Sur les chemins spirituels et religieux du Québec, Guide de voyage Ulysse, 2016, p. 222-225.

• Denyse Légaré, Les églises de missions amérindiennes. Ou la foi avant tout, Conseil du patrimoine religieux du Québec, [En ligne] : http://mail.patrimoine-religieux.qc.ca/fr/pdf/documents/Les_eglises_de_missions_amerindiennes.pdf

• Luc Noppen, Les églises du Québec (1600-1850), Éditeur officiel du Québec et Fides, 1977, p. 3-4 et 276-277.

• Jacques Ouellet, « Préhistoire amérindienne, premier contacts avec les Européens et création du Domaine du roi (-4500 à 1842) », Le Saguenay-Lac-Saint-Jean. Les régions du Québec. Histoire en bref, Les Presses de l’Université Laval, 2009, p. 31-49.

• Yves Ouellet, Tadoussac. La baie des splendeurs, Guy Saint-Jean Éditeur, 2000, p. 50-55.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *