Missionnaire au pays des Algonquins (Anishnabek) – partie 2

Église et presbytère de Lac Simon

par Renelle Lasalle, ss.cc.j.m.

Renelle Lasalle est originaire de Crabtree (région de Lanaudière). Elle entre dans la communauté des Sœurs des Saints-Cœurs de Jésus et de Marie de Joliette en 1967. Elle a d’abord œuvré comme professeur d’éducation physique et de catéchèse à Saint-Michel des-Saints (10 ans), puis pendant 5 ans comme animatrice de la vie étudiante dans une résidence pour cégépiennes à Joliette. Elle travaille 6 ans au Patro Le Prévost de Montréal comme animatrice de pastorale avant de prendre la route pour Amos, où elle agira à titre de responsable de la pastorale-Jeunesse diocésaine pendant 15 ans. Aujourd’hui, elle œuvre auprès des deux communautés anishnabek de Lac Simon et de Kitcisakik en Abitibi.

Deuxième partie de deux.

Les défis à relever

Mon travail comme accompagnatrice pastorale est de former un comité de pastorale dans les deux communautés et d’essayer de rendre les bénévoles autonomes. Comme les personnes-ressources sont rares, je dois cumuler plusieurs fonctions d’accompagnement : secrétariat, comptabilité, liturgie, catéchèse de tous les sacrements, chant, registre, etc.

Depuis le départ du père oblat, un prêtre de Val-d’Or vient tous les quinze jours pour les célébrations eucharistiques et pour les baptêmes. Ce n’est pas tout, il faut répondre aux urgences matérielles : toit qui coule, fournaise qui explose, trouver le financement pour effectuer les travaux!!! Nous avons commencé à zéro avec un coût de chauffage de 15 000 $ par année. La Providence est venue à notre secours. Depuis un an et demi, nous pouvons compter sur les profits du bingo bimensuel pour vivre. Nous ne pouvions pas compter sur les quêtes (15 $ par semaine) et la capitation (3 000 $ par an) pour survivre. Grâce à la générosité de Mission chez nous, nous avons aussi pu rénover le presbytère du Lac Simon en le rendant habitable pour l’hiver. Kitci migwetc encore! Les réparations, ce n’est jamais fini. Je viens d’apprendre qu’il faut réparer le toit de l’église!

Projet Ami-tibi pour les écoles secondaires

Il s’agit d’une fin de semaine d’apprivoisement à la réalité autochtone dans les trois communautés francophones de l’Abitibi : Pikogan, Lac Simon et Kitcisakik. S’ajoute une visite touristique des principales attractions de l’Abitibi : mine souterraine, refuge Pageau et cathédrale d’Amos. Ce projet peut se répéter deux ans, car nous avons un plan B qui permet de visiter d’autres sites historiques : puits d’Amos, camp de concentration Spirit Lake et mine à ciel ouvert de Malartic. Ce stage se termine par une nuit dans une tente prospecteur ou un tipi1. Ce que les jeunes « Tcigoji » (Blancs) apprécient le plus de ce séjour, c’est le contact avec les enfants algonquins et les chiens. C’est un choc immense qui les fait réfléchir sur leurs valeurs et leur style de vie. Expérimenter la joie de vivre dans un bidonville situé à seulement 430 km de Montréal, c’est toute une expérience!

Séjours de sensibilisation à la culture autochtone

La demande grandissante de groupes de jeunes a mené à la formation d’un comité touristique à Kitcisakik. C’est un jeune humaniste originaire de Montréal, Daniel Lemieux, qui a mis sur pied et supervise les séjours des différents groupes. On lui doit les infrastructures pour accueillir les jeunes en forêt dans le sentier Moko : tente prospecteur, tipi, toilettes sèches. L’objectif de ces séjours est de tisser des liens entre les jeunes Blancs et les Autochtones de tous âges2. Cela permet aux Algonquins de retrouver une fierté à propos de leur culture, de leur langue et de leurs coutumes, et aux jeunes allochtones d’admirer leur savoir-faire en forêt et de goûter à leur authenticité et leur esprit communautaire.

Stages missionnaires au Lac Simon et à Kitcisakik

Outre le Groupe Salut! Terre, stage d’une semaine, nous avons aussi accueilli pendant un mois des jeunes universitaires du groupe Solidarité-jeunesse M.I.C. piloté par sœur Suzette. Cette dernière est revenue avec des jeunes d’Agapè Québec Mission à l’automne 2015 et ce ne sera pas la dernière fois. Ces stages permettent aux jeunes de vivre leur foi en paroles et en actions. C’est un vrai cadeau que de pouvoir compter sur de si beaux jeunes.

Le meilleur est à venir!

En juin dernier, j’ai accueilli durant un mois, une religieuse française de la communauté des Xavières, sœur Thérèse Dufour. Après un discernement avec sa communauté, elle a accepté de venir partager la mission avec moi au Lac Simon et à Kitcisakik à partir de septembre prochain.

Sept ans plus tard, mon grand désir de vivre cette mission en communauté va se réaliser. Ce projet intercommunautaire en gestation m’apporte déjà beaucoup d’espérance. L’arrivée de sœur Thérèse n’est pas anodine, puisque elle est une spécialiste de l’écoute et de l’accompagnement. Les femmes victimes d’agressions sexuelles trouveront en elle une nouvelle ressource. Dieu a son plan… Il s’agit d’ouvrir son cœur à son Esprit et de se rendre le plus malléable possible à sa Volonté.

Kitci migwetc Kije Manito! Grand merci, mon Dieu!

Lac Simon, 3 janvier 2016

Article tiré de la revue En son nom, vol. 74 no 2, mars-avril 2016.

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  1. Le tipi, avec sa forme pointue caractéristique, est très identifié aux amérindiens, mais il s’agit en fait de l’habitation traditionnelle des Autochtones de l’Ouest canadien et américain. L’habitation des Anishnabek du Québec était plutôt le wigwam, de forme arrondie, fabriqué de branches entrelacées.
  2. Voir le dépliant.

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