Mois missionnaire : une perspective de Kuujjuaq (1)

Marilyne Roy et sa famille | Photo : Courtoise

Octobre. Mois axé sur la mission. Pour l’occasion, Marilyne Roy, jeune mère de famille missionnaire à Kuujjuaq depuis 2017, nous livre une réflexion percutante en trois temps sur cet appel à renouer avec le dynamisme missionnaire adressé à toute communauté chrétienne et à tout croyant. Premier de trois textes : entendre l’appel.


Au moment où j’allais publier cette réflexion sur la mission, la nouvelle du décès de Joyce Echaquan a bouleversé le Québec et le Canada. Je dédie cette réflexion à sa mémoire et à sa famille.

Avec l’arrivée du mois d’octobre, l’Église catholique universelle se prépare à entrer dans le mois missionnaire, lequel convie les communautés et croyants à renouer avec le dynamisme missionnaire animant la vie de l’Église depuis la Pentecôte.

Au Canada, une coïncidence signifiante veut que, à la veille d’entrer dans ce mois missionnaire (soit le le 30 septembre de chaque année), nous soyons invités à souligner la Journée du chandail orange. Cette initiative, ayant vu le jour en 2013 en Colombie-Britannique, est d’abord une invitation à célébrer la résilience des peuples autochtones, grâce à laquelle ils ont vigoureusement résisté aux politiques d’assimilation mise en œuvre par le gouvernement canadien1, notamment par le moyen du système des écoles résidentielles. Durant cette journée, « les communautés de partout au Canada et les Premières Nations d’un océan à l’autre se rassemblent dans un esprit de réconciliation et elles portent un chandail orange en l’honneur des survivants des écoles résidentielles et pour l’espoir d’un meilleur futur » (traduction libre; www.indigenousprinting.ca/orangeshirtday2020).

Je n’avais jamais entendu parler de cette Journée du chandail orange avant de vivre à Kuujjuaq.

Cela me questionne encore.

Pourquoi cet appel à la mémoire collective arrive si difficilement à nous interpeller, et ce, malgré la volonté proclamée par nos institutions, tant gouvernementales qu’ecclésiales, de s’engager dans la mise en œuvre des recommandations du rapport de la Commission Vérité et Réconciliation? Pourquoi cette parole autochtone, adressée non seulement aux Premières Nations du Canada mais à tous les citoyens canadiens, trouve si peu de résonance dans nos communautés, et ce, d’une manière particulière au Québec? Pourquoi en est-il aussi ainsi dans nos communautés ecclésiales, pourtant appelées à être le Corps du Christ, c’est-à-dire ses oreilles, ses yeux, ses mains…?

Gardons-nous de répondre hâtivement à ces questions. Laissons-les faire leur chemin en nous.

Pour ceux se reconnaissant comme disciples du Christ et se préparant à entrer dans le mois missionnaire, je crois fermement qu’il y a un appel pressant à nous mettre à l’écoute des autochtones : à nous laisser bousculer, déplacer et retourner par leur parole. Nous professons notre foi dans un Christ qui a irrévocablement lié sa vie à ceux dont la vie est oppressée, au point de s’être identifié à eux. Nous ne pouvons donc plus dire que nous prêtons l’oreille à Dieu si nous nous fermons à la parole des Premières Nations, qui subissent encore aujourd’hui le racisme systémique et la discrimination au sein du Québec et du Canada. (À ce sujet, lire le Rapport de la Commission Viens.)

Au seuil de l’entrée dans le mois missionnaire, cette Journée du chandail orange nous fait signe. Attention! Pour être renouvelée dans le dynamisme missionnaire de l’Évangile, l’Église particulière du Canada (Québec y compris) doit consentir à s’engager activement (c’est-à-dire non pas seulement en intention, mais en actes!) dans le « faire mémoire » de son passé missionnaire lié aux peuples autochtones, notamment dans sa responsabilité à l’égard des écoles résidentielles. Oui, cette Journée du chandail orange nous fait signe. De grâce, ne détournons pas le regard. Ne fermons pas nos oreilles.

Écoutons encore Ghislain Picard, dans son article « Une invitation à polir notre chaîne d’alliances », qui présente le Plan d’action contre le racisme et la discrimination de l’APNQL : « C’est donc dans un esprit d’amitié que je m’adresse aux Québécois afin de vous inviter à devenir nos alliés dans la lutte contre le racisme et la discrimination à l’égard des Premières Nations. »

Répondrons-nous à l’appel?

Kuujjuaq, le 29 septembre 2020

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1. Pour illustrer cette volonté d’assimilation, citons Duncan Campbell Scott, en 1920, alors surintendant aux Affaires indiennes du gouvernement canadien, lequel a joué un rôle majeur dans l’expansion des écoles résidentielles au Canada : « Je veux me débarrasser du problème indien. Notre objectif est de continuer tant qu’il restera un seul indien non assimilé au Canada. »

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Marilyne Roy est titulaire d’une maîtrise en théologie de l’Université Laval.  Elle a aussi une formation en accompagnement spirituel du Centre de spiritualité Manrèse, où elle a d’ailleurs travaillé de 2013 à 2017. En 2017, avec sa jeune famille et son conjoint Jonathan, elle a quitté Québec pour s’installer dans le village inuit de Kuujjuaq, au Nunavik. Depuis, elle y exerce le rôle de coordonnatrice de la Mission catholique Notre-Dame-de-Fatima.  Elle est la mère de trois jeunes enfants : Alexis, Nicolas et Olivier.

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