Muliats

Recension du livre : Charles Bender, Charles Buckell, Marco Collin, Xavier Huard, Natasha Kanapé Fontaine et Christophe Payeur, Muliats, Wendake, Les Éditions Hannenorak, 2018, 71 p.

par Jacinthe Dostie

Innu, Québécois, Charles balance entre deux mondes opposés en apparence. Deux territoires? Deux identités? Deux prénoms : Charles et Shaniss. La pièce de théâtre, publiée par un collectif d’auteurs aux Éditions Hannenorak, débute avec une fracture : Charles quitte son frère Marco et la réserve de Mashteuiatsh pour aller s’établir à Montréal.

Il y rejoint Christophe, un Québécois presque jamais sorti de son île. S’amorce alors un dialogue rafraîchissant qui ridiculise avec humour les idées reçues et fait une véritable place à l’amitié. La relation entre les deux jeunes hommes n’est pas toujours harmonieuse, mais l’immense respect et la soif de connaissances entre eux permettent de désamorcer les préjugés.

Il y a, bien sûr, les méconnaissances du territoire : Mashteuiatsh n’est pas à 6 heures de vol de Montréal avec décalage horaire! Il y a l’appropriation culturelle : la réplique des coiffes des chefs indiens pour les vendre sur Internet! Il y a surtout la violence des préjugés. Lorsque Raphaëlle, un personnage intolérant, entre en scène du haut de son savoir et de sa suffisance, Christophe réagit avec vigueur pour défendre son ami. Si Charles l’invite à se calmer, il départage surtout les idiots des véritables dangers : « Le racisme, c’est l’ignorance. Pire encore, le racisme, c’est de l’ignorance qui essaye de se faire passer pour de l’information. » (p. 52-53) Située en dehors des perceptions, cette vérité affichée forge alors un racisme dangereux et destructeur. La communication devient alors un élément central de rapprochement.

Or, pour communiquer, il faut d’abord se comprendre. Et la pièce nous heurte à la barrière de la langue. Plusieurs scènes sont en innues, non traduites, notamment les passages du personnage de la Femme territoire ainsi que certaines répliques de Marco. Pour la lectrice québécoise que je suis, cela a pour effet de montrer l’immense fossé de culture qui nous sépare. Comment plus de 400 ans de cohabitation peut générer autant d’ignorance! Heureusement, par cette pièce, la poésie de la parole innue parvient jusqu’à moi… Et même jusqu’à nous, car les spectateurs deviennent personnages, l’espace d’une scène, pour recevoir une véritable leçon d’innu.

Plus qu’une leçon sur la langue, c’est une invitation à nous connaître et à nous rapprocher. La pièce se clôt sur une réconciliation et une inclusion : Marco et Charles amènent avec eux Christophe pour une fin de semaine à Mashteuiatsh. À nous, spectateurs et lecteurs, de les y accompagner!

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