Nin auass, Moi l’enfant

Recension du livre Nin auass, Moi l’enfant, Poèmes de la jeunesse innue, semés et recueillis par Joséphine Bacon et Laure Morali (Montréal, Mémoire d’encrier, 2021, 355 p.) par Jacinthe Dostie.

La culture innue accorde une grande place aux enfants, dont la cohabitation avec les adultes, les parents et les grands-parents permet la transmission du savoir, mais également de la sagesse. Sur la page couverture du recueil de poésie Nin auass, Moi l’enfant, on indique que l’ouvrage rassemble des poèmes de la jeunesse innue et que ceux-ci ont été semés par deux grandes poètes : Joséphique Bacon et Laure Morali. Elles ont semé des graines d’amour de la langue et des mots, puis elles en ont recueilli les fruits, ces textes magnifiques des enfants de différentes communautés innues. Et dans un acte de partage, voici que nous pouvons aujourd’hui nous en délecter à notre tour.

Plusieurs communautés ont donc été rencontrées dans ce voyage : Pakut-Shipu (la Rivière basse aux bancs de sable), Unaman-Shipu, (la Rivière d’ocre), Nutashkuan (Là où l’on chasse l’ours), Ekuanitshu (Là où les choses s’échouent), Matimekush (Petite truite), Mashteuiatsh (Là où une pointe avance dans l’eau), Essipu (la Rivière des coquillages), Pessamu (Là où il y a des lamproies argentées), Mani-Utenam (le village de Marie) et Uashau (la Baie). Les élèves des écoles primaires et secondaires ont pu contribuer dans leur langue, l’innu-aimun, à l’élaboration de ce florilège poétique.

Le travail d’édition présente côte à côte les versions françaises et innues, parfois une union des deux. Cela permet une immersion pour tous, même les non-initiés, qui peuvent s’amuser à apprendre certains mots et à les reconnaître, à se familiariser avec leur sonorité : auass, l’enfant, mushum, grand-père, kukum, grand-mère, mashku, l’ours, maikan, loup, etc. C’est une véritable force de ce recueil de nous offrir cette langue riche et belle, déjà si poétique. On ressent ainsi l’affection et la fierté de l’ensemble des jeunes auteurs et des collaborateurs de cet ouvrage envers leur langue et leur culture. Le lecteur peut donc en apprécier également l’urgence de la préserver.

Les thèmes abordés dans le recueil varient selon les préoccupations de leurs auteurs, mais certains semblent récurrents, comme le lien avec les aînés, la nature environnante, la culture et les récits de vie. Parfois, la communication porte sur des émotions touchantes, de durs moments vécus. L’ensemble présente des images à la fois poétiques et porteuses. Le travail d’illustration est réalisé par Lydia Mestokosho-Paradis, qui s’est laissée inspirer par les mots des enfants, mais sans jamais leur porter ombrage.

L’ensemble poétique réussit à bâtir un pont entre nos cultures, portées par l’amour des mots. Brisant la frontière du mutisme, la communication est possible. La communication est essentielle. Nin auass, Moi l’enfant est nécessaire dans le parcours de tous les jeunes et moins jeunes qui cohabitent sur ce territoire.

EKA PATSHITENIMATAU
NE PERDONS PAS ESPOIR

Extrait d’un Poème en français et en innu-aimun inspiré de mots des Premières Nations des Trois Amériques

acajou, ikoma, nagame, babiche, boucan
igloo, hamac, tapioca, nagame, squaw
ne perds pas espoir
nos langues sont vivantes

achigan, kayak, moyak, hamac
tabac, tamarac, tapioca, boucan
iglou, tatou, anorak
eka patshitenimutau
tshitinnu-aiminan
ne perdons pas espoir
nous parlons notre langue

Julie-Pierre, Maude, Isaac, Jolène, Dylan, Luca, Germaine, Sylvie

(p. 88)

OFFRIR SA VIE

Je regarde le ciel
l’étoile polaire et je sais
que ma grand-mère va bien

sur l’eau mon grand-père
arbre du nord
me console
par le chant du hibou

l’orignal se laisse tuer
il aimerait être chapeau
aimerait être raquettes
aimerait être mocassins
il donne sa peau
pour garder l’homme au chaud

Zoé

(p. 124)

PATSHINITISHU

Uashku nitshitapaten
mishta-utshekataku
nitshisseniten nukum minupanu

nimushum nipit tau
tshiuetin-mishtiku
kashinamu nissishikua
nekamuniti uhua

mush nipaikushiu
tshipa minuenitamu akunishkueunut
tshipa minuenitamu ashamut
tshipa minuenitamu pishakanassinut
patshinitishu tshetshi tshishishuat innua

Zoé

(p. 125)

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