Sur les traces de Kateri et des aînés

Un pèlerin porte une icône de Kateri avant la cérémonie de canonisation
Photo: Présence/CNS photo/Stefano Rellandini, Reuters

Le 17 avril, chaque année, l’Église célèbre la mémoire de sainte Kateri Tekakwitha, qui a été déclarée patronne des Autochtones et de l’environnement. Rose-Anne Gosselin, Algonquine originaire de Timiskaming vivant à Montréal, a accepté avec générosité de nous dévoiler son parcours sur les traces de cette figure emblématique pour plusieurs autochtones.

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J’ai assisté récemment à une retraite intitulée À la rencontre de sainte Kateri Tekakwitha. Cette retraite portait principalement sur la spiritualité de Kateri et sa pertinence pour aujourd’hui. Elle était animée par Kateri Mitchell, religieuse de la Congrégation des soeurs de Sainte-Anne originaire de la communauté mohawk d’Akwesasne. Mais qui est Kateri Tekakwitha? Revoyons ensemble les principales étapes de sa vie.

Une vie marquée par la maladie et la foi

Kateri Tekakwitha est née en 1656 d’une mère algonquine et d’un père mohawk à Ossernenon, lieu maintenant connu sous le nom d’Auriesville, dans l’État de New York. Elle a 4 ans lorsqu’une horrible épidémie de variole dévaste son village. Beaucoup en périssent, incluant ses parents et son jeune frère. Tekakwitha survit à la maladie, mais sa vue en reste affectée, et son visage est ravagé par les cicatrices laissées par la variole.

En raison de sa quasi-cécité, Tekakwitha marche alors en tendant ses mains devant elle pour sentir son chemin. Cette caractéristique sera à l’origine du nom qu’on lui attribuera, c’est-à-dire Tekakwitha, qui signifie : « Elle bouge les choses. »

Jeune fille, Tekakwitha remplit les tâches qui sont habituellement attribuées aux femmes. Elle aide aux repas, ramasse des baies dans les bois, fabrique des paniers, fait du perlage et enfile les wampums. En 1667, elle rencontre, pour la première fois, les missionnaires jésuites. Au cours des années qui suivent, elle s’initie au christianisme et reçoit le baptême à l’âge de 20 ans, prenant alors le nom de Kateri. En 1677, Kateri Tekakwitha se rend à la mission Saint-François-Xavier sur les rives du fleuve Saint-Laurent. Quelques mois après son arrivée, le jour de Noël, elle effectue sa première communion. Elle a 21 ans. En 1680, sa santé étant défaillante, Kateri tombe gravement malade et meurt le 17 avril de la même année. Elle prononce ses dernières paroles : « Iesos Konoronkwa », ce qui signifie « Jésus, je t’aime ». Peu de temps après sa mort, les cicatrices de son visage disparaissent. Rapidement, des faveurs et des miracles sont obtenus par son intercession

En 1717, les gens de Kahnawake déménagent sur le site actuel de la communauté, lieu où les restes de Kateri Tekakwitha sont conservés dans le sanctuaire qui porte son nom.

En 2011, le pape Benoît XVI signe un décret approuvant un miracle attribué à Kateri, celui d’avoir sauvé la vie d’un jeune garçon, Jake Finkbonner, qui souffrait de la maladie mangeuse de chair. La cérémonie de sa canonisation a lieu le 21 octobre 2012 à Rome1.

Portée et sens de la vie de sainte Kateri aujourd’hui

Qu’est-ce que l’histoire et l’expérience de Kateri Tekakwitha signifient pour moi aujourd’hui? Comment est-elle présente dans ma vie?

Très jeune, j’avais entendu parler d’elle. Je me souviens d’avoir lu une des nombreuses versions de sa biographie et j’avais été particulièrement touchée par la mort de sa famille des suites de la variole. Mais ce n’est que plus tard que j’aurai l’occasion de vivre des événements rattachés à sainte Kateri qui auront une signification à la fois spirituelle et culturelle.

En 1989 a lieu à Long-Point (Winneway), dans la région du Témiscamingue, le Kateri Rallye. En arrivant dans cette communauté, j’ai tout de suite remarqué des personnes assises devant leurs tentes qui attendaient le début des célébrations religieuses. Il s’agissait surtout d’aînés qui provenaient de diverses communautés algonquines. Après la messe s’est déroulée une procession qui nous a conduits dans les rues de Winneway. Tout cela était nouveau pour moi, mais ce ne l’était vraisemblablement pas pour les aînés présents. Je me devais de les imiter pour savoir quelles paroles je devais dire et quels gestes effectuer. Je me souviendrai toujours de l’attitude respectueuse avec laquelle les gens ont participé à la procession, donnant à celle-ci une grande authenticité. Je sentais que je faisais partie d’un cercle qui me rattachait à une tradition que je connaissais peu, mais qui avait des racines profondes remontant à plusieurs générations.

Vingt ans plus tard environ, j’aurai l’occasion de revivre des expériences similaires dans le cadre de la Conférence Tekakwitha qui se veut un espace où les personnes autochtones peuvent vivre leur foi dans la tradition culturelle et spirituelle qui leur est propre. Chaque année, une conférence a lieu dans une ville différente. Au cours de celle-ci, on trouve des ateliers portant sur des thèmes différents, comme la culture et les traditions spirituelles, les enjeux contemporains, le développement des communautés autochtones, le leadership autochtone ainsi que des moments réservés à des activités liturgiques.

Vitrail de Kateri au sanctuaire
Sainte-Kateri-Tekakwitha à Kahnawake
Photo : Wikipédia Commons

À Edmonton, dans le cadre d’une Conférence Tekakwitha, j’ai appris, par l’intermédiaire d’autres participants et participantes, la prière des Quatre Directions qui nous invite à nous tourner vers chacun des points cardinaux pour rendre grâce au Créateur. Tout comme la procession de 1989, cette prière vécue en groupe crée l’unité et m’inclut personnellement dans un cercle qui me procure un sentiment d’appartenance et où je me rapproche un peu plus de l’expérience de prière qu’ont vécue mes ancêtres. J’ai entendu les meilleurs musiciens de la nation métisse animer les rencontres de prières; j’ai entendu une chorale qui chantait en langue crie et la prière accompagnée du tambour. En assistant aux ateliers, je me suis rendu compte, une fois de plus, des similitudes que partagent les Autochtones de partout devant les défis du présent et les espoirs qui se dessinent pour l’avenir, et ce, malgré les vastes distances qui les séparent.

Faire mémoire

Je me tourne enfin vers Kahnawake, où se trouve le sanctuaire de sainte Kateri Tekakwitha. Je vois les nombreux bénévoles qui y travaillent et les nombreux services qu’ils offrent. Leur engagement est bien visible, particulièrement par les décorations installées lors des grandes fêtes et celles qu’on trouve au quotidien. Ces décorations, ces symboles, reflètent la culture spécifique des Kanienke’ha, sans oublier le musée qui présente des objets sacrés appartenant spécifiquement à leur tradition artisanale. On entend également au sanctuaire la chorale mohawk dirigée surtout par les aînés. Ce sont ces personnes qui contribuent de maintes manières à la préservation et à la transmission de leur langue maternelle. Grâce à elles, j’ai pu en apprendre un peu plus sur différents événements qui ont marqué la communauté. Je pense particulièrement au souvenir que les gens conservent respectueusement des 33 hommes décédés lors de la chute du pont de Québec en 1907. Chaque année, les noms des victimes sont rappelés lors d’un événement spécial en leur honneur.

Aujourd’hui, je repense à la vie de sainte Kateri Tekakwitha et à ce que j’ai vécu en suivant les traces qu’elle laisse encore aujourd’hui, et je suis reconnaissante pour ces expériences de prières et de rassemblement rattachées à sa mémoire, ces lieux de rencontres importants qui s’inscrivent dans un contexte culturel autochtone spécifique à chaque nation. J’ai l’impression de prendre racine dans une tradition qui change sans cesse, mais qui conserve des liens avec les enseignements et les exemples de nos aînés. D’ailleurs, Kateri est devenue comme une aînée pour moi, une ancêtre qui nous guide…

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1. Voir https://www.nationalsaintkaterishrine.ca/old-home-2/

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Rose-Anne Gosselin est membre de la Première Nation algonquine de Timiskaming. Elle vit aujourd’hui à Montréal. Pendant presque toute sa vie professionnelle, elle a travaillé avec les Premières Nations et pour elles. Actuellement, elle œuvre comme conseillère régionale pour la Commission de développement des ressources humaines des Premières Nations du Québec, s’intéressant notamment à la population des Premières Nations vivant avec un handicap. Elle est membre du CA de Mission chez nous.

A

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3 Commentaires

  1. Merci pour ce très beau texte aussi inspirant au plan spirituel que sensible aux multiples défis que Katéri a du relever au cours de sa courte vie. Elle me fait penser à Thérèse de Lisieux.

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