Surprise, simplicité et service au cœur de la mission

Photos : Reegan Soosai

Le père Reegan Soosai, c.m.f., est nouvellement en charge de deux des trois missions en milieu autochtone du diocèse de Rouyn-Noranda. Il a accepté, avec générosité, de nous raconter ses premières expériences de rencontre avec la Première Nation des Anicinabés. Une révélation, à ses dires.

Kwe, Kwe ! Je suis très heureux de partager avec vous mes premières expériences avec les Anicinabés (dont le nom signifie « vrai homme » ou, plus largement, les « êtres humains ») de Timiskaming First Nation (TFN) et de Long Point First Nation (LPFN), deux communautés situées dans la région du Témiscamingue. Au moment où j’écris ces mots, je n’ai passé que sept semaines avec cette Première Nation. Après avoir accompagné, dans le passé, des personnes d’origines culturelles et ethniques diverses (Tamouls, Latino-américains, Africains, etc), j’ai voulu répondre à l’invitation d’« aller vers les périphéries » et d’incarner « l’Église en sortie ». Après un discernement personnel, je suis arrivé à la conclusion que c’était le bon moment pour moi de marcher avec la Première Nation des Anicinabés. Avant de venir ici, j’ai pu, dans le cadre de ma maîtrise, explorer les diverses réalités autochtones sous le tutorat du professeur Claude Gélinas de l’Université de Sherbrooke. Ce qui m’a beaucoup aidé à comprendre l’histoire, les cultures et les spiritualités des peuples autochtones du Canada. Ce fut vraiment une révélation pour moi.

Le diocèse de Rouyn-Noranda compte trois missions en milieu autochtone et je suis en charge de deux d’entre elles, à savoir la mission Sainte-Kateri-Tekakwitha de Timiskaming First Nation (TFN), située à Notre-Dame-du-Nord, et la mission Sainte-Anne de Long Point First Nation (LPFN), sise à Winneway. La TFN est une réserve alors que la LPFN est un établissement. Ces deux missions ont été sous la responsabilité des Missionnaires oblats de Marie-Immaculée pendant plus de 100 ans. À mon arrivée, j’ai pu rencontrer le chef d’une communauté, et je me suis senti vraiment bien accueilli, car on m’a donné les informations nécessaires pour comprendre les différentes réalités des communautés.

Des communautés organisées

Dans le passé, la population de ces deux communautés était catholique à 100 %, mais maintenant elles comprennent entre 50 et 60 % de catholiques, et très peu vont régulièrement à l’église. Aujourd’hui, dans ces communautés, on compte aussi des traditionalistes (adeptes de spiritualités traditionnelles autochtones) et des pentecôtistes. Au fur et à mesure que nous apprenions à nous connaître, et après en avoir discuté ensemble, nous avons décidé d’offrir de nouveau les célébrations eucharistiques pour les catholiques des deux communautés. La toute première impression que j’ai eue après avoir visité les gens et parlé avec eux fut la surprise : j’ai été émerveillé par tout ce qu’ils sont et ce qu’ils font. Ce qui a suscité en moi une reconnaissance inconditionnelle.

Surprise aussi, car les communautés sont déjà très bien organisées. Différents comités sont à l’œuvre et tellement d’activités sont en cours. Par exemple, la Semaine culturelle, où on peut voir les anciens transmettre leur sagesse, leur savoir-faire et d’autres compétences aux jeunes générations, car leur respect est fondamental en tout temps pour les Premières Nations. Les anciens sont aussi très présents dans des activités comme la cueillette de plantes médicinales, l’enseignement de l’artisanat et de la médecine douce, et en particulier lors du pow-wow qui a eu lieu lors de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation et celle du chandail orange, le 30 septembre. Cette journée commémorative fut d’ailleurs très touchante, car nous avons chanté un joyeux anniversaire aux enfants qui n’ont pas pu rentrer à la maison à cause du système des pensionnats. J’ai eu la chance de parler avec quelques survivants qui portent encore les blessures des agressions qu’ils ont subies. Et, à l’occasion de cette journée nationale, j’ai pu observer beaucoup d’aînés pleurer. Je pense qu’il est très important de poursuivre le processus de guérison et j’apprécie beaucoup l’initiative récente de la Conférence des évêques catholiques du Canada de faire une collecte de fonds de 30 millions de dollars en cinq ans et, aussi, je salue la lettre d’excuses de la part des évêques catholiques. Lors des célébrations eucharistiques, j’ai lu cette lettre à l’assemblée présente et nous l’avons collée à l’entrée de l’église de Winneway.

J’aimerais aussi partager avec vous une expérience qui m’a particulièrement touché, expérience vécue dans le cadre d’un enterrement. Après les funérailles, nous étions tous rassemblés au cimetière de Notre-Dame-du-Nord. J’ai effectué les prières pour le défunt, puis sa fille et ses nièces ont entamé la cérémonie traditionnelle de purification où on fait appel aux tambours (liés aux battements du cœur), à des chansons, etc. J’ai beaucoup aimé ce mélange de différents éléments culturels dans la cérémonie. Quelle beauté!

Au service de mes frères et sœurs autochtones

Qu’attend-on de moi dans ce contexte particulier en tant que prêtre catholique et missionnaire? Je dirais deux choses : simplicité et service.

Simplicité qui est liée à l’humilité et à la pauvreté. Ce qui signifie pour moi être connecté à l’humanité et à la dignité humaine de chaque membre de ces communautés et les accompagner avec un profond respect. Écouter leurs histoires, leurs luttes et leurs joies, et surtout être avec les aînés et apprendre d’eux.

Service qui signifie être au service des gens, prêt à leur laver les pieds. Le service et la prière doivent aller de pair. En tant qu’intervenant en soin spirituel (ISS), je peux offrir ce service professionnel à la population dans le besoin et travailler avec d’autres organismes ou personnes qui servent déjà les peuples autochtones avec amour, attention et respect. En tant que prêtre, je trouve qu’il est également très important de former des leaders dans l’Église catholique. Je me concentrerai sur cet aspect dans les jours et les mois à venir avec des programmes liés à la formation biblique et holistique parce qu’il est important de construire des ponts avec d’autres personnes, d’autres communautés catholiques du diocèse et d’autre endroits. C’est par la création d’espaces de dialogue et de connaissance mutuelle que nous réaliserons le cheminement synodal : communion, participation et mission.

Il y a beaucoup d’autres choses intéressantes que j’aimerais partager avec vous tous et toutes, mais je m’arrête ici pour l’instant. Veuillez garder ces peuples et ces projets dans vos prières. Meegwetch!

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Le père Reegan Soosai, c.m.f, est membre de la congrégation des Fils du Cœur immaculé de Marie, fondée en Espagne en 1849 par saint Antoine Marie Claret, et communément appelée Missionnaires clarétains. Il est originaire de la nation tamoule en Inde et il a fait ses études en Inde et en Espagne. Prêtre missionnaire depuis neuf ans, il a jusqu’à présent exercé son ministère au Canada, principalement à Montréal et à Sherbrooke, en tant que vicaire et curé. Il a aussi accompagné des jeunes et des jeunes adultes à titre d’animateur de pastorale des vocations et des jeunes. De plus, il a eu aussi l’occasion, à plusieurs reprises, d’aller en mission dans diverses régions du Canada et au Mexique, où il a également offert son aide dans des ministères pastoraux.

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3 Commentaires

  1. Renelle Lasalle, ss.cc.j.m.
    Kitci migwetc pour votre beau témoignage! En si peu de temps, vous avez compris l’essentiel.
    Courage et union!

  2. Bonjour Père Soosai,
    Vous venez d’arriver au Témiscamingue et on dirait que vous êtes là depuis longtemps. C’est certainement parce que vous avez déjà créé des liens d’amitié avec les gens des deux communautés. On vous porte dans la prière!

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