Un Jeudi saint à saveur de réconciliation

Mission Saint-Georges, Lac-Simon. Photo : Mathieu Lavigne

Lac-Simon a l’air d’un village abandonné en cette fin de Semaine sainte. La majorité de la population est partie assister à un grand tournoi annuel de sports à l’extérieur. Seuls quelques aînés sont demeurés au village. Pourtant, le soir du Jeudi saint à la modeste chapelle de la place…

Mission Saint-Georges, Lac-Simon – jeudi 14 avril 2022. La communauté de Lac-Simon s’est vidée de sa population : c’est le début du grand tournoi annuel autochtone de hockey mineur et de ballon-balai à Amos. Toutes les familles sont parties encourager leurs enfants. Il ne reste que quelques aînés au village. C’est une belle fête, un grand rassemblement qui regroupe les Nations autochtones du Nord : les Cris, les Atikamekw et les Anicinabek.

Pendant ce temps, au Lac-Simon, la cloche sonne pour la célébration du Jeudi saint en l’absence du prêtre, qui ne peut venir. Sept personnes se présentent : trois kokoms (Monique, Mani, Jeannette) et un jeune couple de tigoji (Blancs) : Sébastien et Isabelle avec leurs deux bambins, Louange et Siméon.

Sébastien entonne le chant d’entrée: « Laisserons-nous à notre table un peu d’espace à l’étranger? »

Après la lecture de l’évangile du lavement des pieds, Marianne, l’aînée, prononce l’homélie en langue algonquine. C’est très impressionnant pour les membres de la petite famille d’entendre la sagesse qui sort de sa bouche, même s’ils ne comprennent la langue.

Puis, c’est le rituel du lavement des pieds. Monique et Marianne acceptent de se faire laver les pieds par un tigoji. C’est un moment intense pour Sébastien qui, en fait, représente alors tous les Canadiens responsables du génocide culturel. Les kokoms demandent aussi pardon pour les mauvaises pensées qu’elles ont eues envers les Blancs. Isabelle lave les pieds des deux enfants, puis le couple se lave les pieds mutuellement. Personne ne joue la comédie. Ce geste est vécu avec profondeur et intensité. C’est le pardon en temps réel!

De son côté, Jeannette, une kokom qui a claqué la porte de l’Église catholique pour se tourner vers la spiritualité traditionnelle autochtone il y a une vingtaine d’années, vit son pardon différemment. Avant de venir à l’église, elle a écrit une lettre de demande de pardon puis l’a brûlée en signe d’offrande.

N’étant pas vêtue pour se faire laver les pieds, Jeanette demande d’apporter un bol d’eau pour se laver le visage. C’est un rite de purification. Pour elle et la communauté chrétienne, c’est un grand signe de réconciliation!

Tous sentent la présence du Christ, même s’il n’y a pas de consécration sacramentelle. C’est un moment très fort.

C’est un moment aussi humble que la naissance du Christ à Bethléem. Ce soir, dans la modeste chapelle de Lac-Simon, un monde renaît!

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Sœur Renelle Lasalle se dévoue depuis plus de 12 ans comme missionnaire auprès des communautés anichinabées de Kitcisakik et du Lac-Simon, en Abitibi-Témiscamingue. Elle est membre de la communauté religieuse des Sœurs des Saints Cœurs de Jésus et de Marie. Comme elle l’affirme, ce sont ces frères et sœurs autochtones qui l’ont humanisée, lui donnant le droit d’être pleinement humaine, sans artifice.

A

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1 commentaire

  1. Merci Renelle de veiller, merci Mathieu de relayer la bonne nouvelle.
    Sébastien à Isabelle
    Paix de Pâques et pentecôte

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