Un « vrai » Noël

Photo : Tom Hill/Unsplash

« La vie est difficile », affirme Scott Peck à la première phrase de son livre Le chemin le moins fréquenté, paru en 1978. On ne peut le contredire cette année. La pandémie s’est ajoutée aux guerres, à la famine, aux ouragans dévastateurs, à la violence conjugale, à la pauvreté, aux migrations forcées et aux autres maladies qui n’ont pas pris congé… Au cœur d’une période aussi difficile, avons-nous le droit de fêter Noël? Cette même question m’a hantée en décembre 2012, au moment où je m’apprêtais à célébrer Noël dans la communauté anishnabe de Lac-Simon, en Abitibi. Laissez-moi vous raconter…

Une terrible nouvelle

Le troisième dimanche de l’Avent, le comité de pastorale est réuni pour préparer la célébration de Noël. Quelqu’un frappe précipitamment à la porte. On nous annonce qu’un jeune adulte est décédé dans des circonstances troublantes. C’est le désarroi le plus total. Ce décès est un drame incommensurable pour toute la communauté.

Les funérailles ont lieu le 22 décembre. C’est triste à mourir! Nous sommes à deux jours de Noël. Après l’enterrement, je me demande si je ne devrais pas annuler la messe de Minuit. Est-ce décent de fêter Noël cette année? En avons-nous même le droit? Je ne sais que penser…

Un chant lumineux

Quel sens donner à Noël dans de telles circonstances? Je demande au Seigneur de m’éclairer. Il me répond à sa façon. En contemplant le ciel étoilé, je me rappelle soudain les paroles d’un vieux chant de Richard Anthony :

Il faut croire aux étoiles
qui te disent : ne tremble pas.
La vie est une escale,
tous les hommes sont comme toi.

Ce chant avait ranimé mon espérance pendant une période de jours sombres alors que j’étais novice. Encore une fois, il produit le même effet sur moi. Il m’inspire même un rite pour donner un sens à ce Noël. Il me rappelle que c’est justement parce que nous sommes souffrants et découragés que nous avons besoin d’un Dieu sauveur.

Près de 200 personnes se présentent à la messe de Minuit. Je leur demande de demeurer à l’extérieur même si la température est glaciale. Et je leur dis : « Cette année, la célébration commencera dehors. Nous prendrons le temps de prendre conscience de notre nuit intérieure. Regardons le ciel : tout n’est pas noir, il y a des étoiles. Plus que jamais, nous avons besoin de rallumer notre espérance. Un Sauveur nous est né! Profitons-en pour nous serrer les coudes et nous réconforter les uns les autres pour accueillir notre cadeau de Noël. Chantons avec ferveur Minuit chrétien :

Le monde entier tressaille d’espérance
en cette nuit qui lui donne un Sauveur…
Peuple, debout! Chante ta délivrance.
Noël! Noël! Chantons le Rédempteur!
 »

Ce chant nous réchauffe intérieurement. Nous nous entassons comme des sardines dans la petite église bien décorée. La liturgie nous permet d’entrer dans le mystère de Noël. Une famille de la communauté s’est offerte à la dernière minute pour incarner les personnages de la crèche. Nous retrouvons notre cœur d’enfant. La parole de Dieu porte des fruits. Nous repartons le cœur joyeux gonflé d’amour et de paix. C’est un des plus vrais Noël de ma vie!

À vous tous qui avez le cœur lourd ou qui n’avez pas le goût de fêter Noël, je vous souhaite de lever les yeux vers le ciel et d’entendre les étoiles vous chuchoter :

Il faut croire aux étoiles
qui te disent : Dieu est tout près de toi!

Puisse ce Noël 2020 être le plus « vrai Noël » de votre vie!

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Sœur Renelle Lasalle se dévoue depuis plus de 12 ans comme missionnaire auprès des communautés anichinabées de Kitcisakik et du Lac-Simon, en Abitibi-Témiscamingue. Elle est membre de la communauté religieuse des Sœurs des Saints Cœurs de Jésus et de Marie. Comme elle l’affirme, ce sont ces frères et sœurs autochtones qui l’ont humanisée, lui donnant le droit d’être pleinement humaine, sans artifice.

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4 Commentaires

  1. Merci Renelle de ce récit de vie qui a bouleversé ta vie et celle de toute ta communauté d’Abitibi.
    Tu as été un soutient humain et chrétien pour ces gens dans l’épreuve.
    Si Dieu s’est incarné un jour du Temps c’est pour donner sens et valeur de salut à toutes nos souffrances . Depuis lors, c’est Lui qui souffre sur nos croix, qui doute sur nos croix, qui pleure sur nos croix et qui meurt sur nos croix. Il ne faut que l’on passe sans le voir.
    Joyeux Noël à toi et à tous ceux et celles qui te sont chers.
    Ginette Joly

  2. Merci Renelle pour ce récit de vie qui a bouleversé ton âme. et celle de toute ta communauté d’Abitibi.. Tu as été un soutien d’humanité et de foi pour tous ces gens dans l’épreuve. Si Dieu s’est incarné un Jour du temps, c’est pour donner sens et valeur de salut à toutes nos souffrances . Depuis lors, c’est Lui qui souffre sur nos croix, Lui qui doute sur nos croix, Lui qui doute sur nos croix, Lui qui meurt sur nos croix. Et trop souvent nous passons sans le voir. Joyeux Noël à toi et à tous ceux et celles qui te sont chers.

  3. Merci Renelle pour ce témoignage vraiment bouleversant.
    J’espère vous rencontrer bientôt à nouveau ! Merci pour votre visite à la cathédrale de Joliette.
    Anne-Marie

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