Une première étape

Photo : Pascal Huot

C’est maintenant confirmé : le pape François sera au Canada du 24 au 29 juillet prochains afin de réitérer les excuses présentées le 1er avril dernier à Rome. De nombreux membres des communautés autochtones ont souligné à quel point il était important pour eux de voir le Pape refaire cette démarche en sol canadien, rencontrer des survivantes et survivants des pensionnats ainsi que leurs proches et se mettre à l’écoute de leurs témoignages.

Dans un contexte de dialogue, d’authenticité et de présence, cette rencontre s’avère par conséquent décisive. Elle permettra par ailleurs à l’Église catholique de répondre complètement à l’appel à l’action 58 formulé par la Commission de vérité et réconciliation.

Les excuses sont souvent présentées comme indissociables du pardon, une notion évoquée par le Pape dans son allocution prononcée devant les délégations autochtones présentes à Rome en mars dernier. Dans celle-ci, le Saint-Père a demandé « pardon à Dieu », et non aux Premiers Peuples, pour l’implication de l’Église catholique dans le système des pensionnats indiens et la colonisation. Dans une optique de justice réparatrice, approche d’ailleurs maintes fois soutenue par le pape François, une demande de pardon adressée à une victime peut, en effet, être considérée comme un fardeau additionnel pour cette personne déjà éprouvée par les abus ou d’autres formes de violence; elle serait, en quelque sorte, sommée de pardonner. La demande de pardon constituerait ainsi un abus de pouvoir supplémentaire de la part de l’offenseur.

En demandant pardon à Dieu, le pape François a évité cet écueil et fait preuve d’une grande délicatesse à l’égard des peuples autochtones. Le pardon est une démarche individuelle, libre et volontaire, mais aussi rarement linéaire, en ce sens qu’il progresse souvent par avancées et reculs successifs. Comme le souligne Norman Yakeleya (article en anglais), chef régional des Territoires du Nord-Ouest à l’Assemblée des Premières Nations, présent à Rome en mars dernier, il faut permettre au pardon de survenir, mais marcher sur ce chemin avec douceur et respect. Chose certaine, pour nombre de survivantes et survivants des pensionnats ainsi que pour leurs enfants et petits-enfants, les paroles du Pape ont ouvert de nouveaux possibles. Il ne s’agit évidemment que d’une première étape : beaucoup de travail reste à faire…

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