Exploration de la chanson Mishapan Nitassinan (1)

Le paysage influence la toponymie des lieux. Vue du sommet du Mont-Mégantic | Photo : Pascal Huot

Savez-vous ce que signifie le nom de Maniwaki? Ou encore celui de Mascouche? Comme une sorte d’exercice poétique, la chanson Mishapan Nitassinan, interprétée par Chloé Sainte-Marie, déroule la liste de divers toponymes d’origine autochtone issus pour la plupart du Québec. Et si nous explorions quelque peu ce territoire méconnu… Premier de quatre articles.

Mishapan Nitassinan1 (Que notre terre était grande) est une chanson interprétée par Chloé Sainte-Marie qui s’écoute en pièce d’ouverture de son album Je marche à toi paru en 2002. Le texte magnifique, signé par la poétesse innue Joséphine Bacon et le musicien Gilles Bélanger, défile les toponymes amérindiens principalement du Québec, mais également des Amériques. Ces noms de lieux sont intimement liés au territoire et sont d’une grande richesse pour la représentation de celui-ci.

Ce texte propose donc le résultat d’une petite recherche sur la signification de la toponymie des lieux énoncés dans la chanson originale, composée de quatre couplets. Voici donc aujourd’hui le contenu du premier couplet.

Voir la vidéo de la chanson.

Coaticook Mazatlan Manitou Mégantic
Manouane Ivujivic Mascouche Maniwaki
Saskatchewan Shipshaw Matawin Windigo
Kamouraska Témiscamingue Copan Chibougamau

Coaticook : En abénaquis, Koatikeku signifie rivière de la terre du pin.

Mazatlan : Ville du Mexique située sur la côte pacifique. Ce nom vient du nahuatl, langue de la famille uto-aztèque parlée notamment par le groupe amérindien des Nahuas mexicains et signifie lieu des cerfs.

Manitou : Au Québec, de nombreuses entités géographiques portent le nom de Manitou. Comme la rivière Manitou en Minganie. Dans la mythologie algonquine et crie, les termes Manitou et Manto signifient esprit ou génie. C’est le Grand Esprit.

Mégantic : En abénaquis, Namakottik signifie lieu où il y a de la truite de lac.

Manouane : Réserve amérindienne située en Haute-Matawinie, qui en langue atikamekw signifie savane qui sort d’une baie.

Ivujivic : Ivujivik, en inuktitut, veut dire lieu où l’on est pris par les glaces qui dérivent.

Mascouche : D’origine algonquine, Mascouche a pour sens ourson, de maska, maskwa, ours, forme de laquelle on a tiré maskoch, petit ours. « Certains spécialistes estiment que ce mot véhicule plutôt la signification prairie unie, interprétation davantage en accord avec la nature du territoire fertile et bien horizontal au cœur duquel a été implantée la ville et que corroborerait le nom de la municipalité voisine de La Prairie. » (Commission de toponymie, Noms et lieux du Québec. Dictionnaire illustré, p. 421)

Maniwaki : Réserve amérindienne et « bien que d’origine algonquine, ce nom procède bien d’une désignation commémorative de la part des Oblats qui ont ainsi voulu honorer leur sainte patronne tout en soulignant leur attachement à la langue algonquine. Le toponyme est tiré des racines mani, adaptation de Marie et aki, terre, pays, contrée; on peut le traduire par terre de Marie ou pays de Marie. Cette interprétation paraît plus fondée que d’autres voulant qu’il signifie rivière croche, de mani, mot de l’ancien algonquin pour rivière et waki, croche, aux tournants multiples, ou encore terre des esprits, de Manito, esprit et aki, terre, pays contré » (Commission de toponymie, Noms et lieux du Québec. Dictionnaire illustré, p. 411).

Saskatchewan : Le nom de la province vient du nom de la rivière Saskatchewan. En langue crie kisiskatchewanisipi, signifie rivière aux flots rapides.

Shipshaw : Le sens en innu de Shipshaw est confiné, contracté, détour, encaissé, obstruction. L’hypothèse retenue est rivière enfermée.

Matawin : Le toponyme signifie rencontre des eaux, confluent en algonquin. Les Abénaquis appellent cette rivière Madôwaizibo, ce qui veut dire rivière de la rencontre des eaux ou du confluent.

Windigo : Monstre fabuleux. C’est un être surnaturel qui appartient à la tradition spirituelle des Premières Nations de langue algonquienne.

Kamouraska : « Tire son nom de la rivière qui y coule et provient de l’algonquin akamaraska, il y a du jonc au bord de l’eau, de akân, au bord de l’eau, et de ayashaw, jonc. Certains y voient plutôt un mot micmac formé de kamoo, étendue et de askaw, foin, jonc. » (Commission de toponymie, Noms et lieux du Québec. Dictionnaire illustré, p. 306)

Témiscamingue : Nom algonquin issu des mots tim, profond et kami, eau, donc eau profonde.

Copán : Nom d’une ancienne ville maya au Honduras, autrefois appelé Xukpi, combinaison des mots xuk (coin) et pi (paquet)2.

Chibougamau : « Le sens de ce nom de lieu amérindien a suscité maintes interprétations. Certains estiment qu’il proviendrait de la forme Shabogamaw, lac traversé de bord en bord par une rivière, des racines cries shabo, au travers et gawaw, lac, étendue d’eau. D’autres croient qu’il faut y voir un mot montagnais ayant pour sens : lieu de rendez-vous. D’autres enfin proposent les sens : là où l’eau est bloquée, très petit détroit. » (Commission de toponymie, Noms et lieux du Québec. Dictionnaire illustré, p. 133)

Prochain article : exploration du deuxième couplet de la chanson.

____________________

1 Pour une définition du Nitassinan, consulter le billet https://www.missioncheznous.com/nitassinan-mashteuiatsh-pekuakamiulnuatsh/

2 Voir ce lien.

• • •

Pour aller plus loin

• Commission de toponymie, Noms et lieux du Québec. Dictionnaire illustré, Québec, Les Publications du Québec, 2006.

• Gouvernement du Canada, Origine des toponymes du Canada et de ses provinces et territoires, [En ligne]. [https://www.rncan.gc.ca/sciences-de-la-terre/geographie/origine-des-toponymes-du-canada/origine-des-toponymes-du-canada-et-de-ses-provinces-et-territoires/9225]

• Steve Pitt, « Windigo », L’encyclopédie canadienne, 8 mars 2018, [En ligne]. [https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/windigo]

• Chloé Sainte-Marie, Biographie, Québec Info Musique, [en ligne]. [http://www.qim.com/artistes/biographie.asp?artistid=344]

• Chloé Sainte-Marie, « Mishapan Nitassinan », album Je marche à toi, Octant Musique, 2002, piste 1, [En ligne]. [https://www.youtube.com/watch?v=Iajdt5GLGuI&feature=emb_title]

• Chloé Sainte-Marie, Site officiel, [En ligne]. [http://chloesaintemarie.com/]

• Anne-Marie Yvon, Joséphine Bacon, la vie en trois temps d’une femme d’exception, Radio-Canada, Espaces autochtones, 8 mars 2019, [En ligne] [https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1155819/josephine-bacon-innue-poete-autochtone-histoire]

____________________

Pascal Huot est chercheur indépendant. Diplômé en études autochtones, il a également effectué une maîtrise en ethnologie, à l’Université Laval. Celle-ci a fait l’objet d’une publication intitulée Tourisme culturel sur les traces de Pierre Perrault, Étude ethnologique à l’Île aux Coudres. Ses résultats de recherche ont paru dans divers journaux, magazines et revues. En 2016, il a fait paraître Ethnologue de terrain aux Éditions Charlevoix.

A

____________________

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *