Skanudharoua au côté de Marie de l’Incarnation

Monument Marie-de-l’Incarnation | Photo : Pascal Huot

Sis au 2, rue du Parloir à Québec, à l’entrée du monastère des Ursulines, sur un socle en granite gris extrait d’une carrière de la région de Stanstead au cœur des Appalaches, le monument Marie-de-l’Incarnation s’expose au visiteur-marcheur. Cette œuvre d’art extérieure, que trop peu de gens prennent le temps de regarder, représente pourtant un moment important de l’histoire religieuse, mais également de l’histoire des Autochtones.

La sculpture en bronze représente la fondatrice des Ursulines en Nouvelle-France, Marie de l’Incarnation. Née Marie Guyart à Tours en France le 28 octobre 1599, elle décède à Québec le 30 avril 1672. Dès son arrivée en 1639, elle fonde la première communauté d’enseignement pour jeunes filles de toute l’Amérique du Nord. Les jeunes filles françaises et issues des Premières Nations y seront admises comme élèves.

Le groupe sculpté commémore cette première vocation des Ursulines en présentant un triptyque dont le personnage central prend les traits de Marie de l’Incarnation. Elle est entourée, à sa droite, d’une jeune élève française tenant un livre ouvert dans ses mains et, à sa gauche, d’une jeune fille autochtone agenouillée, mocassins aux pieds et tenant dans sa main droite un crucifix et dans l’autre une pomme de pin.

Avec un regard protecteur, la Mère s’apprête à poser la main gauche sur la jeune Huronne-Wendat. En effet, tout porte à croire que cette jeune autochtone serait en réalité Skanudharoua.

Skanudharoua, première religieuse des Premières Nations


Détail du Monument Marie-de-L’Incarnation | Photo : Pascal Huot

Skanudharoua (Skannud-Haroï) est une Huronne-Wendat née en 1642 et originaire du village d’Ossossané, en Huronie (en Ontario). En 1650, elle quitte ce territoire avec ses parents, Pierre Ondakion, un grand chef Huron, et Jeanne Asenragéhaon (ou Osenrâkekaon) pour la ville de Québec. Ceux-ci ont embrassé le christianisme et célébré leur union par le premier mariage en pays huron. Skanudharoua sera accueillie comme pensionnaire par les religieuses ursulines. La même année, un incendie dévaste le monastère et elle est recueillie par les sœurs hospitalières à l’Hôtel-Dieu. Durant deux années, elle y apprend à lire et à écrire le français. Elle se consacrera ainsi à la tâche d’interprète auprès des autochtones hospitalisés.

En 1656, alors âgée de 14 ans, elle devient une postulante désirant se faire religieuse. Elle entre au noviciat à l’automne, et ce, malgré le fait qu’elle soit déjà atteinte d’une maladie chronique des poumons. Le 1er novembre 1657, même si elle est affaiblie, elle fait ses vœux et prend le nom de sœur Geneviève-Agnès, dite de Tous-les-Saints. Elle devient ainsi la première religieuse issue des Premières Nations au Canada. Cette vocation sera de courte durée, car déjà le troisième jour du même mois, la maladie a le dessus sur sa jeune vie. Cette histoire unique a vraisemblablement inspiré le sculpteur pour la réalisation de ce monument.

Jean-Émile Brunet, sculpteur

Le groupe sculpté est l’œuvre du sculpteur Jean-Émile Brunet. Né à Huntingdon le 18 mars 1892 (ou 1893), il est issu d’une famille de tailleurs de pierre, fabricants de monuments funéraires. Le jeune Jean-Émile est initié dès l’âge de 14 ans à l’art de la sculpture. Élève des réputés sculpteurs Alfred Laliberté (1878–1953) et Louis-Philippe Hébert (1850–1917), il ira en 1920 se perfectionner à Chicago. Mûri par sa formation, le sculpteur s’installe en France. Les années subséquentes, il fera la navette entre la France et le Québec. Il décède à Montréal le 11 janvier 1977.

En 1939, une subvention est accordée par le premier ministre Maurice Duplessis (1890–1959) pour ériger le monument Marie-de-l’Incarnation afin de commémorer le troisième centenaire de l’arrivée en Nouvelle-France de la religieuse. Le sculpteur commence son exécution l’année même. Le dévoilement du monument a lieu le 20 août 1942.

La sculpture est installée sur un socle où sont gravés dans la pierre deux bas-reliefs. À gauche, on peut apprécier la représentation du voilier Saint-Joseph sur lequel les religieuses firent la traversée de l’océan en 1639 et, à droite, un rappel de l’incendie du premier monastère des Ursulines en 1650. Au centre du socle, on voit les adieux de la Mère à son fils au monastère des Ursulines de Tours, avant son départ pour la Nouvelle-France.

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Pour aller plus loin

• Marie-Emmanuel Chabot, « GUYART, MARIE, dite de l’Incarnation (Martin) », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval et University of Toronto, 2003– , (En ligne) : http://www.biographi.ca/fr/bio/guyart_marie_1F.html

• Dominique Deslandres, « Marie de l’Incarnation : Mysticisme et apprentissage des langues amérindiennes », Cap-aux-Diamants, no 118, été 2014, p. 14-17.

• René Gilbert, « Le monument Mère Marie-de-l’Incarnation », Présence autochtone à Québec et Wendake, Les Éditions GID, 2010, p. 38-39. 

• Elsie McLeod Jury, « SKANUDHAROUA, dite de Tous-les-Saints », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 1, Université Laval et University of Toronto, 2003– . (En ligne) : http://www.biographi.ca/fr/bio/skanudharoua_1F.html

• Ville de Québec, « Monastère des Ursulines de Québec », Patrimoine, Découvrir les quartiers de Québec, Vieux-Québec, Point d’intérêt, (En ligne) : https://www.ville.quebec.qc.ca/citoyens/patrimoine/quartiers/vieux_quebec/interet/monastere_des_ursulines_de_quebec.aspx

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Pascal Huot est chercheur indépendant. Diplômé en études autochtones, il a également effectué une maîtrise en ethnologie, à l’Université Laval. Celle-ci a fait l’objet d’une publication intitulée Tourisme culturel sur les traces de Pierre Perrault, Étude ethnologique à l’Île aux Coudres. Ses résultats de recherche ont paru dans divers journaux, magazines et revues. En 2016, il a fait paraître Ethnologue de terrain aux Éditions Charlevoix.

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