Un portrait du dernier des Hurons, Zacharie Vincent Telari-o-lin

Zacharie Vincent vers 1875 | photo : Louis-Prudent Vallée (date révisée : vers 1875-1880, voir : Vigneault, 2016, p. 27 et l’analyse p. 241-252) | Division de la gestion de documents et des archives de l’Université de Montréal, P00581FP06718

Depuis quelques années déjà, Mission chez nous fait appel à quelques collaborateurs et collaboratrices pour la rédaction d’articles originaux que nous publions pour votre plus grand plaisir sur notre blogue. Merci à eux pour cet apport considérable.

par Pascal Huot, ethnologue

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Pascal Huot est chercheur indépendant. Diplômé en études autochtones, il a également effectué une maîtrise en ethnologie, à l’Université Laval. Celle-ci a fait l’objet d’une publication intitulée Tourisme culturel sur les traces de Pierre Perrault, Étude ethnologique à l’Île aux Coudres. Ses résultats de recherche ont paru dans divers journaux, magazines et revues. En 2016, il a fait paraître Ethnologue de terrain aux Éditions Charlevoix.

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Personnage emblématique de l’histoire de l’art québécois, Zacharie1 Vincent Telari-o-lin est né le 28 janvier 1815, à la Jeune-Lorette (Village-des-Hurons), aujourd’hui Wendake. Il est connu au XIXe siècle sous la lourde attribution du « Dernier des Hurons », alias lui est attribué par le titre d’un portrait réalisé par le peintre originaire de L’Ancienne-Lorette Antoine Plamondon (1804-1895) en 1838, et que le principal intéressé « se garde de démentir » (Lacasse et Porter, 2004, p. 59). Le jeune Wendat est éduqué dans le respect de la tradition de sa nation. Il décède à l’hôpital de la Marine de Québec en 18862 des suites d’une paralysie.

Zacharie Vincent est principalement connu comme modèle pour des peintres et des photographes qui lui sont contemporains, mais également comme artiste peintre à part entière, considéré comme le « premier peintre amérindien du Québec et de tout le Canada » (Gilbert, 2010, p. 121).

De son travail artistique, on retient principalement ses nombreux autoportraits réalisés à diverses époques (image plus bas) qui, par leurs attributs, dépeignent la fierté de son appartenance à la nation huronne. De plus, « il apparaît que l’autoportrait a permis à Vincent d’exposer sa condition et d’entrer en relation avec le public, afin de transformer à la fois l’image que ce dernier entretient de l’Autochtone et la dynamique relationnelle qui relie les communautés » (Vigneault, 2016, p. 115).

Zacharie Vincent, Autoportrait, vers 1875-1878, Huile sur toile, 62,5 x 53 cm
Musée de la civilisation, Québec

(Pour une analyse de l’œuvre, voir : Louise Vigneault, Zacharie Vincent. Sa vie et son œuvre, Institut de l’art canadien, [En ligne] https://aci-iac.ca/francais/livres-dart/zacharie-vincent/oeuvres-phares/autoportrait)

Il peint également des paysages et des scènes de genre qui représentent les coutumes des Hurons-Wendats. D’une production de plusieurs centaines d’œuvres de « l’artiste, il ne reste cependant que peu de traces, la plus grande partie de ses productions ayant été vendues aux touristes et aux militaires de passage. Seuls subsistent quelques trésors conservés dans les collections publiques et privées » (Vigneault, 2016, p. 31).

Bien que l’artiste wendat côtoie certains peintres, entre autres Henry Daniel Thielcke (1788-1874), Cornelius Krieghoff (1815-1872), Antoine Plamondon (1804-1895) et Théophile Hamel (1817-1870), et soit influencé par eux, il demeure un peintre autodidacte3. Il est « le premier membre de la communauté huronne à entreprendre une carrière de peintre, suivant les paramètres de la tradition académique occidentale » (Vigneault, 2006, p. 240).

En plus de son œuvre artistique, Telari-o-lin laisse sa marque dans la société comme « personnage pittoresque dont on appréciait la verve4, en dépit de ses habitudes de gros buveur. Il prêchait à la moindre occasion l’importance du maintien de la langue et de la culture traditionnelles de sa nation, menacées par l’envahissement des biens de consommation et du mode de vie des Blancs » (Lacasse et Porter, 2004, p. 59). Également chasseur reconnu, il est notamment guide de chasse pour les militaires en permission, les résidents de Québec et les touristes en plus d’être dépisteur pour la garnison britannique. Il est nommé chef des guerriers de 1845 à 1852 et chef de Conseil de 1852 à 1879.

Sur le plan personnel, en 1848, alors âgé de 33 ans, il convole en justes noces avec une veuve de 24 ans, Marie Falardeau. « Si certains auteurs ont allégué qu’elle était Iroquoise, l’origine du nom atteste plutôt une ascendance canadienne-française » (Vigneault, 2016, p. 17). Naîtront de cette union une fille et trois garçons, mais ceux-ci n’auraient eu aucune descendance.

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1. On retrouve dans certains textes le diminutif Cari Vincent ou Kari Vincent.

2. « Les historiens ne s’entendent pas sur le lieu et la date de naissance de Zacharie Vincent Telari-o-lin, mais tous s’accordent pour dire qu’il est né Wendat. Une source affirme qu’il a vu le jour à Lorette (Wendake) et une autre situe le lieu de sa naissance à Joliette. On dit qu’il a vécu entre 1812 et 1878, ou entre 1815 et 1886, ou entre 1815 et 1896! On sait cependant avec certitude qu’il a vécu à un âge avancé, car une photographie de lui prise vers 1880 l’atteste. » (Gilbert, 2010, p. 120-121) Pour notre part, nous retenons les dates butoirs de 1815-1886, selon les travaux de l’historienne de l’art Louise Vigneault (2016, p. 17-25).

3. Au sujet de sa formation et de sa pratique artistique, voir : Vigneault, 2016, p. 47-64.

4. Quoique certains auteurs le révèlent comme « bèque » (cité dans : Vigneault, 2016, p. 29).

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Pour aller plus loin

• François-Marc Gagnon, « Antoine Plamondon, Le dernier des Hurons (1838) », The Journal of Canadian Art History / Annales d’histoire de l’art canadien, vol. 12, no. 1, 1989, p. 68-79.

• René Gilbert, Présence autochtone à Québec et Wendake, Québec, Les Éditions GID, 2010, p. 120-121.

• David Karel, Marie-Dominic Labelle et Sylvie Thivierge, « Vincent, Zacharie », Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Québec, Université Laval, 1982, [En ligne] : http://www.biographi.ca/fr/bio/vincent_zacharie_11F.html

• Yves Lacasse et John R. Porter (dir.), « Zacharie Vincent », La collection du Musée national des beaux-arts du Québec. Une histoire de l’art du Québec, Québec, Musée national des beaux-arts du Québec, 2004, p. 59.

• Louise Vigneault, « Zacharie Vincent : dernier Huron et premier artiste autochtone de tradition occidentale », Mens, Vol. 6, no. 2, printemps 2006, p. 239-261, PDF [En ligne] : https://www.erudit.org/fr/revues/mensaf/2006-v6-n2-mensaf01329/1024304ar.pdf

• Louise Vigneault, « Zacharie Vincent », L’Encyclopédie canadienne, 2015, [En ligne] : https://thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/zacharie-vincent

• Louise Vigneault, Zacharie Vincent. Une autohistoire artistique, Édition Hannenorak, Wendake, 2016, 275 p.

• Louise Vigneault, « Zacharie Vincent. Sa vie et son œuvre », Institute de l’art canadien, [En ligne] : https://aci-iac.ca/francais/livres-dart/zacharie-vincent

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